Lucien-Samir Oulahbib
Le nihilisme antirationaliste français contemporain
Préliminaire
Deux méthodes au moins permettent de traiter objectivement et
scientifiquement l’objet nommé « texte » :
la méthode que je nommerai empirico-déductive procède
progressivement dans le questionnement, de telle sorte que le lecteur voie apparaître
peu à peu un type donné d’explication qui démonte
les mécanismes de l’objet visé.
L’avantage, d’ordre heuristique, de cette méthode consiste
à ne pas affirmer d’emblée une conclusion et de cheminer
peu à peu dans la construction. Son inconvénient, d’ordre
méthodologique, réside dans l’extrême difficulté
à dégager les striures de ce que l’on veut montrer, surtout
lorsque, par exemple, le texte se dérobe et se (dé)voile dans
des tournures lexicales de type littéraire, alors qu’il s’agit
d’énoncés discursifs implicites.
De plus il se trouve une autre objection : celle que le découpage
de tel ou tel texte et son traitement par questions/réponses bascule
d’ores et déjà dans un apriori implicite en termes de conclusion
et donc de cadre type, que l’illusion de la construction progressive n’arrive
pas à dissiper. Ce n’est pas une objection quelconque.
En effet, le fait de choisir tel texte plutôt que tel autre sera automatiquement
perçu comme un apriori dont la démonstration progressive
apparaît bien plus ad hoc que réellement explicative.
La seconde méthode que je nommerai hypothético-déductive
a pour but d’énoncer un certain nombre d’énoncés
empiriques sur l’objet étudié que l’on suppose construit
à la suite d’une analyse donnée, dont la tâche aura
été de dégager un ensemble idoine de relations entre une
qualification signifiante et un contenu signifié.
L’avantage de cette méthode réside dans son extrême
souplesse puisque sont énoncées immédiatement les conclusions
présentées sous forme d’hypothèses. Mais il s’agira
d’en déduire la véracité par la présentation
donnée de preuves, ici de textes, sous couvert bien entendu de les découper
avec un degré suffisant de contextualité sans parti pris.
S’il est possible de contester le choix des textes en formulant qu’il
s’appuie sur un apriori non fondé, on rétorquera qu’ici
l’apriori est donné d’avance sous la forme méthodologique
d’hypothèses. Celles-ci résultent en effet d’une étude
préalable des auteurs mettant de côté l’illusion qu’il
serait possible de découvrir l’objet de son analyse au fur et à
mesure qu’on le décrit au lecteur.
Néanmoins la seconde méthode a un inconvénient, surtout
en sciences humaines : elle peut être perçue comme étant
trop unilatérale puisqu’elle énonce, d’emblée,
les qualités de l’objet, même si elle s’efforce ensuite
d’établir des adéquations avec le réel, dont on ne
sait cependant si elles ne sont pas elles aussi ad hoc.
On peut rétorquer avec Quine[1]
que le
« prédicat de vérité nous rappelle que, en dépit
d’une montée technique qui nous amène à parler des
énoncés, notre regard est dirigé vers le monde. Cette valeur
annulante du prédicat de vérité est explicite dans l’exemple
de Tarski :
« La neige est blanche » est vrai si et seulement si la
neige est blanche.
Les guillemets constituent toute la différence entre parler sur des mots
et parler sur la neige. La citation est un nom d’un énoncé,
lequel énoncé à son tour contient un nom, « la
neige », de la neige. Le prédicat de vérité est
un dispositif pour neutraliser les guillemets. (...) ».
Cela implique qu’il s’agira ici non pas de tordre des énoncés
pour les forcer à entrer en adéquation avec des prédicats
de vérité supposés mais de se demander si quelque chose
peut être réellement nommé « nihilisme »,
si cette nomination peut être réellement corrélée
au terme « antirationalisme ». Toute la démonstration
consistera ici à tenter d’enlever ces guillemets afin de fonder
ontologiquement la qualification.
Nous choisirons donc dans ce dessein la méthode hypothético-déductive
en partant de cette définition préliminaire :
Le nihilisme étudié ici « est » qualifié
d’antirationalisme lorsqu’il cherche plutôt à entraver
les capacités d’un individu à appréhender son action
spécifique dans le monde, y compris dans ses dimensions critiques et
pratiques.
C’est-à-dire lorsque la décision d’être sujet
de ses jugements s’en trouve paralysée, empêchant l’édification
de toute signification qui ne viserait pas à sa propre perte.
Pour démontrer un tel signifié son analytique sera celui-ci :
- Chez la plupart des auteurs tombant sous cette classification et en particulier
Bataille, Blanchot, Foucault, il n’est pas contradictoire d’y
cerner des analyses à contenu heuristique et des analyses foncièrement
nihilistes. Bourdieu, Derrida, Lyotard, Baudrillard, Deleuze... excellent
également en la matière. Et cela concerne autant l’écriture
théorique que fictionnelle.
- Foucault pouvait par exemple écrire dans un hommage à Blanchot[2] :
« (...) Pas de réflexion mais l’oubli ; pas de
contradiction, mais la contestation qui efface ; pas de réconciliation,
mais le ressassement ; pas d’esprit à la conquête
laborieuse de son unité, mais l’érosion indéfinie
du dehors ; pas de vérité s’illuminant enfin, mais
le ruissellement et la détresse d’un langage qui a toujours déjà
commencé. (...) Une conversion symétrique est demandée
au langage de la fiction. Celle-ci ne doit plus être le pouvoir qui
inlassablement produit et fait briller les images, mais la puissance qui au
contraire les dénoue, les allège de toutes leurs surcharges,
les habite d’une transparence intérieure qui peu à peu
les illumine jusqu’à les faire éclater et les égaille
dans la légèreté de l’inimaginable. (...) ».
- De son côté Lyotard a-t-il pu écrire[3] :
« Postmoderne ne signifie pas récent. Il signifie comment
l’écriture, au sens le plus large de la pensée et de l’action,
se situe après qu’elle a subi la contagion de la modernité
et qu’elle a tenté de s’en guérir ».
- Comment ? En considérant qu’il faille tout subordonner
à un « absolu » celui d’un « nom
vide » (Ibid., pp. 34,35) qui « excède
toutes les mises en forme et en objet sans être ailleurs qu’en
elles » (Ibid.). Ce qui veut dire qu’il s’agit
de se « perdre » et « phraser » (Ibid.),
jusqu’à promouvoir une espèce de « terreur »
qui « s’exerce intimement » (Ibid., p. 181).
Ainsi (Ibid., p. 184) :
« La terreur dont je parle tient à ceci que, si l’on
écrit, il est interdit de se servir de la langue, elle est l’Autre ».
- Mais cette « terreur » et cet « interdit »
ne sont pas les éléments d’un jeu mis en scène,
tel un Minotaure imaginaire, pour susciter, comme à l’époque
des tragédies antiques et classiques, la révolte cathartique
du spectateur/lecteur. Elles sont, tout au contraire, des outils politiques,
stratégiques qui impliquent uniquement pour Lyotard d’accentuer
toutes les formes de décomposition, le langage en premier, afin que
la perte de sens soit le seul gain possible[4] :
- « (...) qui gagne perd (...) ».
- Les extraits ci-dessus concernant l’écriture (et j’en
présenterai d’autres lors d’un test de vérification)
montrent donc bien que la question même du « sens »n’est
pas le problème de ce type de nihilisme (je le montrerai plus
loin pour Derrida lorsqu’il s’en prend à Hegel et à
Husserl sur ce point précis) puisque la notion de « contradiction »
n’a aucun sens chez la plupart d’entre eux. C’est ce que
Deleuze énonce également[5].
- Par ailleurs, et de manière générale, un auteur peut
fort bien énoncer des choses valides ici et sujettes à caution
là. Le tout est de savoir lesquelles parmi les analyses valides et
celles qui sont sujettes à caution l’emportent lorsqu’il
s’agira de classer objectivement le travail de l’auteur
considéré.
- Dans ces conditions la caractérisation échappe à l’unilatéral
et à la polémique à partir du moment où ce qui
est visé n’est pas la dextérité des auteurs à
produire une quantité donnée d’hypothèses heuristiques
ou de réflexions non quelconques, au niveau méthodologique par
exemple, mais ce qu’elles y associent comme sens.
- À charge, bien entendu, d’être en mesure de pouvoir rendre
non seulement intelligibles mais acceptables les conclusions
atteintes.
- J’avancerai ceci : tout texte produit par les divers auteurs
tombant sous la classification du « nihilisme antirationaliste »
peut être considéré dans son contenu significatif lui-même.
C’est-à-dire en ne tenant pas compte de sa délimitation
syntaxique conventionnelle. Ainsi lorsqu’il s’agit par exemple
d’un roman, voire le genre fictionnel en général, l’auteur
ne peut se voiler derrière ses personnages Car autrement cela signifierait
que le mot, sous prétexte qu’il ne serait pas normé dans
une syntaxe dite scientifique n’aurait pas de sens, ce qui est absurde
et/ou donne la part belle à la démarche hyper rationaliste de
type positiviste qui prétend uniquement valider comme signification
rationnelle la production scientifique.
- Cette position s’oppose à celle de Lyotard qui n’a eu
de cesse d’opposer science et narration[6]
(La condition post moderne[7],
pp. 18, 36) la première dénigrant la seconde (Ibid.,
p. 48) :
- « Le scientifique s’interroge sur la validité des
énoncés narratifs et constate qu’ils ne sont jamais soumis
à l’argumentation et à la preuve. Il les classe dans une
autre mentalité : sauvage, primitive, sous-développée,
arriérée, aliénée, faite d’opinions, de
coutumes, d’autorité, de préjugés, d’ignorances,
d’idéologies. Les récits sont des fables, des mythes,
des légendes, bon pour les femmes et les enfants. Dans les meilleurs
cas, on essaiera de faire pénétrer la lumière dans cet
obscurantisme, de civiliser, d’éduquer, de développer ».
- Or aucun texte n’échappe à son évaluation
significative.
- De manière principielle, l’analyse de sens des associations
cognitives au sein de toute production de signification doit être perçue
dans son intentionnalité interne spécifique au-delà de
sa caractérisation formelle institutionnelle.
- Dans ces conditions, ce qui peut être dit dans une fiction ou dans
un texte théorique doit être pris au sérieux comme fonction
de signification dont l’influence référentielle peut
ne pas être quelconque du point de vue de la pratique sociale au-delà
de la spécificité des domaines de définition qui en valide
le contenu.
Introduction
On disséquera donc une manière de procéder qui utilise
l’histoire des idées, des formes et des concepts pour valider un
type d’approche ayant moins pour objet d’étudier les transformations
contextuelles de l’utilisation du sens que de se servir de cette dérivation
comme résidu. C’est-à-dire en tant que principe ou modèle
permettant par exemple de transformer une histoire de la folie ou une
histoire entre les mots et les choses en outil politique dont
l’objectif est de se transformer en expérience directe, transformant
la perception même.
Foucault l’expose dans le texte suivant relatant son livre Histoire
de la folie[8] :
« (...) C’est donc un livre qui fonctionne comme une expérience,
pour celui qui l’écrit et pour celui qui le lit, beaucoup plus
que comme la constatation d’une vérité historique. Pour
qu’on puisse faire cette expérience à travers ce livre,
il faut bien que ce qu’il dit soit vrai en termes de vérité
académique, historiquement vérifiable. Ce ne peut pas être
exactement un roman. Pourtant, l’essentiel ne se trouve pas dans la série
de ces constatations vraies ou historiquement vérifiables, mais plutôt
dans l’expérience que le livre permet de faire. Or cette expérience
n’est ni vraie ni fausse. Une expérience est toujours une fiction ;
c’est quelque chose qu’on se fabrique à soi-même, qui
n’existe pas avant et qui se trouvera exister après. C’est
cela le rapport difficile à la vérité, la façon
dont cette dernière se trouve engagée dans une expérience
qui n’est pas liée à elle et qui, jusqu’à un
certain point, la détruit. »
Cette manière d’utiliser seulement la vérité comme
outil rendant vérifiable les matériaux servant à « l’expérience »
et permettant ainsi de les détourner pour les intégrer comme éléments
d’une « fiction » dont l’objet sera de susciter
des transformations destructrices dans les rapports divers au réel, est
la trame fondatrice de tout ce qui est nommé ici nihilisme et qui sera
également caractérisé d’antirationaliste parce
que son objet consiste précisément à empêcher la
saisie objective du rapport au réel, tout en effaçant celui-là
pour s’y substituer. Car qu’est-ce que le réel sinon un rapport
entre des éléments codifiés, évalués
à partir d’une idée, plan, projet, objectif, qu’un
référentiel peut élever non seulement au rang d’exact
(logique, ontologique) mais de vrai (morale, théologique) ?
De Platon au structuralisme, en passant par Descartes, Kant, Hegel, Husserl,
la pensée occidentale n’a eu de cesse de réfléchir
à cette dimension qui a fait néanmoins dire à Marx que
cette suprématie du rapport sur les éléments le constituant
pouvait basculer en idéalisme si n’était pas perçu,
en même temps, son processus de production. Mais Marx a cependant par
trop surdéterminé celui-ci dans le rapport de forces alors que
ce dernier ne peut expliquer à lui seul la force du rapport au monde.
Rectifiant en ce sens là Marx, le nihilisme antirationaliste prend en
compte l’importance fondatrice de ce rapport dont il veut s’emparer
pour non seulement dire le réel mais surgir comme celui-là même.
Ainsi Foucault peut-il dire dans un entretien[9] à
propos de son livre Histoire de la folie :
« (...) Mon problème a été de montrer comment
il a pu se faire que les significations immédiatement vécues à
l’intérieur d’une société puissent apparaître
comme des conditions suffisantes pour la constitution d’un objet scientifique
(...) ».
Ce propos laisse entendre qu’il suffirait que des « significations »
soient « immédiatement vécues à l’intérieur
d’une société » pour « apparaître »
comme « conditions suffisantes » pour la « constitution
d’un objet scientifique », ce qui est loin d’être
évident puisque ce n’est ni le concept d’immédiateté
ni celui du vécu qui caractérisent le basculement d’un objet
rationnel saisi en objet rationnel scientifique.
En fait il faut aller plus loin dans le texte pour comprendre où veut
en venir Foucault[10] :
« (...) je ne me préoccupe ni du sens ni des conditions dans
lesquelles apparaît le sens, mais des conditions de modification ou d’interruption
du sens, des conditions dans lesquelles le sens disparaît pour faire apparaître
quelque chose d’autre. (...) ».
Succinctement dit, telle perception bascule en tant qu’ « objet »
qui prend le rang de « scientifique » en fonction de « conditions
de modifications ». Et lorsque Foucault compare par exemple, dans
le même texte cité ci-dessus, les couples « normal/pathologique »
et « folie/raison », il énonce[11] :
« (...). Ainsi, face au délit, à la déviation
sexuelle, etc., on dit : c’est un cas pathologique. Or cette codification
de toutes les oppositions dans l’opposition entre normal et pathologique
se produit, au fond, grâce à une opposition de rechange, implicite
dans notre culture, mais très active bien que quasi invisible :
l’opposition entre folie et raison. Pour pouvoir dire qu’un criminel
est un cas pathologique, il faut commencer par dire qu’il s’agit
d’un fou ; puis on dira que chaque fou est un malade mental, donc,
un cas pathologique. C’est ainsi que le criminel peut entrer dans la catégorie
du pathologique. En d’autres termes, l’opposition folie-raison fonctionne
comme une opposition de rechange qui permet de traduire toutes les vieilles
oppositions propres à notre culture dans l’opposition majeure,
souveraine, monotone entre normal et pathologique ».
Si l’on entend bien Foucault, il suffirait que les termes normal et pathologique
cessent d’être sous-tendus par les termes raison et folie pour les
voir fonctionner autrement dans d’autres contextes de sens. Le fait qu’un
« criminel » soit considéré comme relevant
du « pathologique » lui semble seulement relever d’un
jeu de classification historique, loin de toute réalité empirique
objectivement saisie.
Dans le même ordre d’idées, Foucault a par exemple beau jeu
de s’emparer du « langage » de Raymond Roussel pour
tenter de mettre en avant[12],
« (...) comment un discours avait pu fonctionner pendant une certaine
période comme pathologique et dans une autre comme littéraire.
C’était donc le fonctionnement du discours qui m’intéressait,
et non son mode de signification ».
Rétorquons qu’un « discours » peut fort bien
être appréhendé comme pathologique et littéraire.
Le fait que la perception évolue et fonctionne plus légitimement
à plusieurs « niveaux de réalité »
pour parler comme Baechler[13] ne
restreint pas la qualité ontologique de l’objet texte. Les
caractéristiques objectives de son signifiant et de son signifié
–un texte pathologique reste pathologique- ne s’effacent pas sous
le seul fait que leur appréhension deviendrait de plus en plus multiforme.
Foucault s’empare de cette multiplicité pour en faire la preuve
même de la dilution du sens et sa formation selon les cadres et les rapports
historiques alors qu’en fait en pratiquant de la sorte il rend encore
plus obscur le processus complexe liant les concepts à la réalité
empirique[14]. Pourquoi donc ?
Et pourquoi au fond est-il vain de chercher à discuter chacune des propositions
de Foucault (idem pour Lénine) pour en exiger la clarté ?
Pour répondre à ces questions cruciales, je vais montrer maintenant,
dans un test de vérification de l’hypothèse directrice,
qu’il est possible de repérer le processus de légitimation
d’une telle instrumentalisation de la production du sens et du rapport
au réel en s’attachant à étudier l’enchaînement
de divers cadres de références.
Il s’agit en effet de saisir le cheminement théorique qui permet
par exemple à Foucault de transformer ses livres en « expérience »
dont l’objectif n’est pas d’avancer dans la connaissance du
réel mais d’agir en tant que pratique sociale qui crée de
l’évènement et du rapport de forces, donc du réel.
Je montrerai dans les autres parties de cette étude que cette conclusion
concerne également les autres auteurs abordés ici.
I.Test de validation
Afin de comprendre dans quel contexte de « compréhension
cognitive et d’ancrage d’adhésion » -pour reprendre
les catégories de sociologie cognitive de
Bouvier
[15],
se situent les propos foucaldiens tournant autour de cette notion de
« livre-expérience » je partirai d’une
date : « 1955 ».
Foucault énonce cette
date comme point de départ d’un changement de perspective chez
lui
[16] :
« (...) nous avons réexaminé
l’idée husserlienne selon laquelle il existe partout du sens qui
nous enveloppe et qui nous investit déjà, avant même que
nous ne commencions à ouvrir les yeux et à prendre la parole. Pour
ceux de ma génération, le sens n’apparaît pas tout
seul, il n’est pas « déjà là »,
ou plutôt, « il y est déjà », oui, mais
sous un certain nombre de conditions qui sont des conditions formelles. Et,
depuis 1955, nous nous sommes principalement consacrés à
l’analyse des conditions formelles de l’apparition du sens.
(...) ».
Pourquoi « 1955 » ?
Dans le livre qui rassemble les actes d’une « Rencontre
internationale » les « 10,11 janvier
1988 »
[17]
autour de l’œuvre de « Michel Foucault
philosophe » et à la suite d’un exposé de
Hollier
sur « Le mot de Dieu : « Je suis
mort » » il est possible de lire (p. 163) :
« (...)
De semblables considérations
amènent Paul Veyne à rappeler la fascination
qu’éprouvait Foucault à l’égard de Blanchot aux
alentours de 1955. Aura-t-il été sensible à ce thème
alors à la mode : les poètes avaient l’idée que
la communication est une chaîne de meurtres ;
le poète
meurt en son poème qui lui-même tue le lecteur.
(...) » (souligné par moi, LSO).
1955... A
nouveau... Pourquoi cette date ? Et pourquoi Veyne rappelle « la
fascination qu’éprouvait Foucault à l’égard de
Blanchot aux alentours de 1955 » ?
Il se trouve qu’en 1955
paraît l’ouvrage majeur de Blanchot intitulé
L’espace
littéraire[18]
et dans lequel il énonce certaines thèses illustrant bien
l’énoncé ci-dessus. Je l’étudierai plus en
détail plus loin lorsqu’il s’agira d’étudier la
prose de ce personnage étrange, invisible, de l’espace intellectuel
français, et fonctionnant comme cadre de référence fort
pour
Foucault
[19] :
« (...) Je sais très bien pourquoi j’ai lu
Nietzsche : j’ai lu Nietzsche à cause de Bataille et j’ai lu
Bataille à cause de Blanchot (...) ».
Ou
encore
[20] :
« (...) Qu’est-ce qu’ils ont représenté
pour moi ? D’abord, une invitation à remettre en question la
catégorie du sujet, sa suprématie, sa fonction fondatrice.
Ensuite, la conviction qu’une telle opération n’aurait eu
aucun sens si elle restait limitée aux spéculations ; remettre en
question le sujet signifiait expérimenter quelque chose qui aboutirait
à sa destruction réelle, à sa dissociation, à son
explosion, à son retournement en tout autre chose. (...) ».
Relisons cette dernière phrase :
« remettre en question le sujet signifiait
expérimenter quelque chose qui aboutirait à sa destruction
réelle, à sa dissociation, à son explosion, à son
retournement en tout autre chose ».
Etablissons maintenant la
séquence d’édification du lien tangible, par le texte, entre
Blanchot et Foucault.
Le premier extrait du texte de Blanchot datant
précisément de 1955 et susceptible de tester la notion de
« livre-expérience » de Foucault en tant que
principe d’association d’un sens à un (passage à)
(l’) acte serait le suivant (
L’espace littéraire, op.cit.,
p. 284) :
« (...) Celui qui reconnaît pour
sa tâche essentielle l’action efficace au sein de l’histoire,
ne peut pas préférer l’action artistique. L’art agit
mal et agit peu. Il est clair que, si Marx avait suivi ses rêves de
jeunesse et écrit les plus beaux romans du monde, il eût
enchanté le monde, mais ne l’eût pas ébranlé.
Il faut donc écrire
Le Capital et non pas
Guerre et
Paix. Il ne faut pas peindre le meurtre de César, il faut
être Brutus. (...) »
Il faut donc agir dans le
réel de telle sorte qu’il puisse être ébranlé,
détruit, y compris les mondes de l’écriture et de
l’intimité...
Le second extrait qui s’y emboîte en
tant que « procédure d’adhésion » pour
reprendre une formule de Bouvier (
L’argumentation philosophique...
op.cit., p. 84) peut être celui-ci (Blanchot,
L’espace
littéraire, op.cit., p. 230). :
« (...).
Et tout se passe comme si, en désobéissant à la loi, en
regardant Eurydice, Orphée n’avait fait qu’obéir
à l’exigence profonde de l’œuvre, comme si, par ce
mouvement inspiré, il avait bien ravi aux Enfers l’ombre obscure,
l’avait à son insu, ramenée dans le grand jour de
l’œuvre. Regarder Eurydice, sans souci du chant, dans
l’impatience et l’imprudence du désir qui oublie la loi,
c’est cela même,
l’inspiration. (...). De
l’inspiration, nous ne pressentons que l’échec, nous ne
reconnaissons que la violence égarée. Mais si l’inspiration
dit l’échec d’Orphée et Eurydice deux fois perdue, dit
l’insignifiance et le vide de la nuit, l’inspiration, vers cet
échec et vers cette insignifiance, tourne et force Orphée par un
mouvement irrésistible, comme si renoncer à échouer
était beaucoup plus grave que renoncer à réussir, comme si
ce que nous appelons l’insignifiant, l’inessentiel, l’erreur,
pouvait, à celui qui en accepte le risque et s’y livre sans
retenue, se révéler comme la source de toute
authenticité ».
Renoncer à regarder
Eurydice signifierait réussir à la sauver ce qui n’est pas
possible puisque le but de Blanchot est d’agir comme Brutus et donc
d’échouer à y arriver car l’œuvre à
accomplir c’est précisément de ne pas la sauver, c’est
d’être en mesure de le faire
et d’y
renoncer.
Enfin le troisième extrait qui souligne son
« ancrage affectif » pour citer toujours Bouvier
(
L’argumentation... Ibid., p. 93), (
L’espace... Ibid.,
p. 329) :
« (...) Au poète, à
l’artiste se fait entendre cette invitation : «
Sois toujours
mort en Eurydice. » (note 1 : Rilke, Sonnets à
Orphée ( XIII, 2 ème partie ). Apparemment, cette exigence
dramatique doit être complétée d’une manière
rassurante : Sois toujours mort en Eurydice, afin d’être vivant en
Orphée. L’art apporte la duplicité avec lui. (...). La
duplicité du songe heureux qui nous invite à mourir tristement en
Eurydice afin de survivre glorieusement en Orphée, est la dissimulation
qui se dissimule elle-même, elle est l’oubli profondément
oublié. (...) ».
Ainsi Brutus-Blanchot
crée une œuvre par un sacrifice et tue ce qui le lie à
l’humanité tout en vivant bel et bien comme demi-dieu :
Orphée, mais aussi Blanchot, auteur vénéré par
Foucault, Derrida, etc.
Tous ces extraits valident bien le propos de
Hollier cité ci-dessus.
Lyotard oriente également dans
cette optique son commentaire de la formule de Blanchot, dans laquelle il voit
agir une « fonction de
catharsis »
[21]
:
« (...) Freud a toujours maintenu fermement le postulat de
cette fonction. C’est que lui est attachée toute
l’énigme de la différence entre le symptôme et
l’œuvre, entre la maladie et l’expression. (...). Pour situer
cette différence, il est utile d’avoir recours à la figure
centrale de la méditation de M. Blanchot (...) ; on verra que cette
méditation est conduite par un praticien. Orphée descend dans la
nuit des Enfers pour ressaisir Eurydice ; (...) Orphée se retourne.
(...) Orphée veut voir dans la nuit, voir la nuit. En cherchant
à voir Eurydice il perd toute chance de la faire voir : la figure
est ce qui n’a pas de visage, elle tue celui qui la dévisage parce
qu’elle l’emplit de sa propre nuit ; (...). C’est
pour
ce dévisagement qu’Orphée est allé chercher
Eurydice, et non pour faire une oeuvre ; l’artiste n’est pas
descendu dans la nuit en vue de se mettre en état de produire un chant
harmonieux, de produire la réconciliation de la nuit et du jour, et de se
faire couronner pour son art. Il est allé chercher l’instance
figurale, l’autre de son
oeuvre même, voir l’invisible,
voir la mort. L’artiste est quelqu’un dans qui le désir de
voir la mort au prix de mourir l’emporte sur le désir de produire.
Il faut cesser de poser le problème de l’art en terme de
création. Et quant à ce désir de dévisager la
nuit, l’œuvre n’est jamais que le témoin de son
inaccomplissement.(...) ».
Ainsi sous
prétexte de « carthasis », l’artiste, version
Lyotard-Blanchot, oriente uniquement son action vers « la
mort » et ce « au prix » non seulement du fait
« de mourir » mais de
faire mourir, ce qui implique
de
défigurer, c’est-à-dire ici d’enlever tout
« visage » puisque c’est «
pour ce
dévisagement qu’Orphée est allé chercher
Eurydice, et non pour faire une oeuvre ».
Observons
maintenant ce commentaire de Foucault sur le « discours » de
Blanchot
[22] :
« (...) Ainsi, la patience réflexive, toujours tournée
hors d’elle-même, et la fiction qui s’annule dans le vide
où elle dénoue ses formes s’entrecroisent pour former un
discours qui apparaît sans conclusion et sans image, sans
vérité ni théâtre, sans preuve, sans masque, sans
affirmation, libre de tout centre, affranchi de patrie et qui constitue son
propre espace comme le dehors vers lequel, hors duquel il parle.
(...) ».
C’est ce que Foucault expose
autrement en partant de la question
d’auteur
[23] :
-
« (...) Le thème dont je voudrais partir, j’en emprunte
la formulation à Beckett : « Qu’importe qui parle,
quelqu’un a dit qu’importe qui parle. » Dans cette
indifférence, je crois qu’il faut reconnaître un des
principes éthiques fondamentaux de l’écriture
contemporaine.
(...) On peut dire d’abord que
l’écriture d’aujourd’hui s’est affranchie du
thème de l’expression : elle n’est
référée qu’à elle-même, et pourtant,
elle n’est pas prise dans la forme de l’intériorité ;
elle s’identifie à sa propre extériorité
déployée. Ce qui veut dire qu’elle est un jeu de signes
ordonné moins à son contenu signifié qu’à la
nature même du signifiant ; (...).
-(...) Le second
thème est encore plus familier ; c’est la parenté de
l’écriture à la mort. (...) l’écriture est
maintenant liée au sacrifice, au sacrifice même de la vie ;
effacement volontaire qui n’a pas à être
représenté dans les livres, puisqu’il est accompli dans
l’existence même de l’écrivain. (...) la marque de
l’écrivain n’est plus que la singularité de son
absence; il lui faut tenir le rôle du mort dans le jeu de
l’écriture. (...).
Autrement dit la combinatoire, seule,
parle. Or quand bien même l’écriture se verrait
subordonnée au seul jeu du signifiant, ce jeu n’est possible
qu’au niveau esthétique et non au niveau thétique, ce que
récuse Foucault, Blanchot, etc., qui contractent ainsi toutes les formes
d’écriture en une seule et la somment de dériver.
Passons à un extrait de ce qu’il énonce sur
Bataille
[24] :
«
(...) Rien n’est négatif dans la transgression. (...). Mais on peut
dire que cette affirmation n’a rien de positif : nul contenu ne peut
la lier, puisque, par définition, aucune limite ne peut la retenir.
(...). Cette philosophie de l’affirmation non positive,
c’est-à-dire de l’épreuve de la limite, c’est
elle, je crois, que Blanchot a définie par le principe de contestation.
Il ne s’agit pas là d’une négation
généralisée, mais d’une affirmation qui
n’affirme rien: en pleine rupture de transitivité. La contestation
n’est pas l’effort de la pensée pour nier des existences ou
des valeurs, c’est le geste qui reconduit chacune d’elles à
ses limites, et par là à la limite où s’accomplit la
décision ontologique: contester, c’est aller jusqu’au coeur
vide où l’être atteint sa limite et où la limite
définit l’être. (...) ».
Ce
« principe de contestation » implique donc de faire des
« livres expérience » pour
Foucault ; ce qui permet d’être ce Brutus
et cet Orphée dont parle Blanchot, le lecteur faisant office de
César (l’ordre) et/ou d’Eurydice (la confiance,
l’espoir, l’amour). Et cela concerne tous les auteurs
étudiés ici.
Observons comment.
II. Empêcher la constitution du sens
Gardons en mémoire le cadre de référence qui
vient d’être analysé si l’on veut comprendre pourquoi
le travail de Foucault ne se déploie pas pour analyser les motivations en
propre des acteurs –ce qui d’ailleurs ne l’intéresse
pas
[25],
«
(...) En fait, je ne m’intéresse pas au détenu comme
personne. Je m’intéresse aux tactiques et aux stratégies de
pouvoir qui sous-tendent cette institution paradoxale, à la fois toujours
critiquée et toujours renaissante, qu’est la prison.
(...) »,
mais a en vue de susciter des réactions
susceptibles d’empêcher l’institutionnalisation de
l’action.
Soit par exemple cet
énoncé
[26] :
« (...) Quand le livre -(sur les prisons)- est sorti,
différents lecteurs -en particulier, des agents de surveillance, des
assistantes sociales, etc. -ont donné ce singulier jugement :
« Il est paralysant; il se peut qu’il y ait des observations
justes, mais, de toute manière, il a assurément des limites, parce
qu’il nous bloque, il nous empêche de continuer dans notre
activité. » Je réponds que justement cette
réaction prouve que le travail a réussi, qu’il a
fonctionné comme je le voulais. (...)Voilà ce qu’est pour
moi un livre-expérience par opposition à un
livre-vérité et à un
livre-démonstration.(...) ».
Ou cet autre
énoncé
[27] :
« (...) j’ai beaucoup écrit sur la folie, au
début des années soixante — j’ai fait une histoire de
la naissance de la psychiatrie. Je sais très bien que ce que j’ai
fait est, d’un point de vue historique, partial, exagéré.
Peut-être que j’ai ignoré certains éléments qui
me contrediraient. Mais mon livre a eu un effet sur la manière dont les
gens perçoivent la folie. Et, donc, mon livre et la thèse que
j’y développe ont une vérité dans la
réalité d’aujourd’hui.
J’essaie de
provoquer une interférence entre notre réalité et ce que
nous savons de notre histoire passée. Si je réussis, cette
interférence produira de réels effets sur notre histoire
présente. Mon espoir est que mes livres prennent leur
vérité une fois écrits — et non avant. (...)
».
Foucault crée donc un objet -un livre-
instrumentalisant la perception que les acteurs ont de leur propre
activité
afin d’atteindre un résultat qui
ébranlera le réel
présent.
Merquior
[28]
n’était pas loin de saisir cette stratégie même
lorsqu’il expose (pp. 139,140) comment Foucault
« voudrait que ses livres fonctionnent :
« je voudrais que mes livres soient des sortes de (...) cocktails
Molotov ou de galeries de mines, et qu’ils se carbonisent après
usage à la manière des feux
d’artifice ».
Foucault écrit aussi ceci
lorsqu’il préface l’un des ouvrages majeurs de Deleuze,
«
L’Anti-Oedipe »
[29] :
« (...)On pourrait même dire que Deleuze et Guattari
aiment si peu le pouvoir qu’ils ont cherché à neutraliser
les effets de pouvoir liés à leur propre discours.
D’où les jeux et les pièges que l’on trouve un peu
partout dans le livre, et qui font de sa traduction un véritable tour de
force. (...) ».
De même lorsqu’il
commente l’œuvre de Blanchot, il souligne
ceci
[30] :
« Nier son propre discours comme le fait
Blanchot, c’est le faire passer sans cesse hors de lui-même, le
dessaisir à chaque instant non seulement de ce qu’il vient de dire,
mais du pouvoir de l’énoncer (...) ».
Observons ce que précisément Blanchot, auquel se
réfère souvent Foucault, peut énoncer de son
côté
[31]
:
« (...)(Note 1) : Je voudrais citer ce texte
d’Alexandre Blok, le grand poète des
Douze, que la
Révolution d’Octobre cependant effrayait : « Les
bolcheviks n’empêchent pas d’écrire des vers, mais ils
empêchent de se sentir comme un maître ; est un maître celui
qui porte en soi le pôle de son inspiration, de sa création et
détient le rythme. » (...) ».
Le moyen
consistant à
empêcher la capacité d’un individu
à se poser en « pôle de son inspiration »,
c’est-à-dire en
sujet, sera de rendre indistinct,
indifférent, la saisie du réel externe et interne.
C’est-à-dire de la réduire à des effets de positions
et de dispositions dans lesquels les notions de raison, de sujet,
d’unité ne sont plus que des épiphénomènes.
Bataille, auquel tous les auteurs ici étudiés se
réfèrent souvent, ou du moins l’apprécient, y compris
Bourdieu
[32],
peut quant à lui écrire ceci dans son livre intitulé
La
part
maudite[33]
:
« Le monde
intime s’oppose au
réel comme la démesure à la mesure, la folie
à la raison, l’ivresse à la lucidité. Il n’y a
mesure que de l’objet, raison que dans l’identité de
l’objet avec lui-même, lucidité que dans la connaissance
distincte des objets. Le monde du sujet est la nuit : cette nuit mouvante,
infiniment suspecte, qui, dans le sommeil de la raison,
engendre des
monstres. Je pose en principe que du « sujet » libre,
nullement subordonné à l’ordre
« réel » et n’étant occupé que du
présent, la folie même donne une idée adoucie.
(...) le
sujet est consumation dans la mesure où il
n’est pas astreint au travail. (...). Et si je consume ainsi sans mesure,
je révèle à mes semblables ce que je suis intimement
(...)rien ne compte dès lors, la violence se libère et elle se
déchaîne sans limites, (...) ».
Seulement
pour Bataille « l’intimité » n’est pas
maîtrisable : « toute possession de l’intimité
aboutit au leurre » (
Ibid., p. 223) et il faut bien au
contraire faire en sorte que « dans l’ordre de
l’intimité, il ne se passe plus rien » (
Ibid., p.
224) c’est-à-dire atteindre ce « (...) moment où
la conscience cessera d’être conscience de
quelque chose.
(...) ». Ce qui permet de « (...) prendre conscience du sens
décisif d’un instant où la croissance (l’acquisition
de
quelque chose) se résoudra en dépense (...)». Ce
qui, pour Bataille, est « exactement la
conscience de soi,
c’est-à-dire une conscience qui n’a
plus rien pour
objet (note 1 : Sinon la pure intériorité, ce qui
n’est pas une chose) ». (
Ibid.).
On peut
remarquer que même cette intériorité est sujette à
caution puisqu’elle peut se saisir et par là s’avoir
elle-même comme objet (comme l’a montré Hegel et ensuite
Husserl semble-t-il). Il faut donc aller plus loin et
empêcher que
cette intériorité puisse le faire.
C’est
précisément ce que Derrida énonce quant à son
propre projet. À savoir une :
« (...)
économie générale dont j’ai essayé de
dessiné les traits à partir de
Bataille. »
[34].
C’est-à-dire qui
part de Bataille pour se
généraliser, d’où le titre d’un article:
« De l’économie restreinte à
l’économie
générale »
[35] dans
lequel il énonce ce qu’il a « dessiné »
comme « traits à partir de Bataille » qui consiste en
« la destruction du discours » et de telle sorte
qu’elle ne serait « pas une simple neutralisation
d’effacement »
[36].
Cette destruction amplifie la gestuelle bataillienne en traquant
également l’intériorité et le geste blanchotien qui
consiste à
empêcher «
de se sentir
comme un maître ; est un maître celui qui porte en soi le pôle
de son inspiration, de sa création et détient le
rythme » (Blanchot,
cf., supra).
*
Empêcher, c’est donc rendre
insensé le
travail d’association dans le penser, mais aussi dans
l’émotion et le sentiment. Par exemple à l’encontre de
la peinture.
Ainsi une exposition temporaire au musée du Louvre
énonce ceci dans son texte de
présentation
[37]
:
« (...) Et si c’était vrai ? Si la
peinture, qui est, en Occident, le canon séculaire de la culture
visuelle, n’avait été que ça : un crime contre
l’imaginaire -carcan du corps, miroir de l’idéologie, outil
du pouvoir, mystique de l’auteur, principe de tous les fétichismes
et de tous les formalismes ? Si elle n’était rien
d’autre qu’une machine à sublimer qui n’a cessé
de servir le plus sournois des cultes, lequel se nomme, depuis Hegel, la
religion de l’art ? On exagère à peine. La thèse
n’est pas nouvelle. Mais elle est taboue. Pas touche au patrimoine. On
entend ici méditer à voix haute sur ce que l’on appellera,
Bataille aidant, la part maudite d’une modernité qui est, comme on
sait, d’obédience picturale. (...).Quelque chose se brise, autour
de 1795, dans l’art d’Occident, jusque-là régi par le
mythe solaire d’une Grèce introuvable. La révolution fait
faillite. Et l’antique avec elle, qui n’est plus qu’un art
officiel, voire un art censeur, où le péplum tue la vie. Tout se
fige dans l’obsession du marbre. Or cet idéal puritain
d’effigies asthéniques paraît souscrire au motif
disciplinaire du panopticon, cher à Foucault, qui vise au dressage des
corps (et plus). (...)Il s’agit de voir. Entendons : de voir
autrement. Le travail de la différence est une expérience des
limites qui répudie la violence normative -répressive- de la
rationalité abstraite (celle des Lumières), laquelle finit,
à en croire Horkheimer et Adorno, par se dévoyer dans
l’horreur des camps. (...) ».
Bataille et
Foucault sont donc appelés à la rescousse comme cadres de
référence pour
empêcher que la peinture se maintienne
comme « violence normative –répressive »
laquelle « finit » dans « l’horreur des
camps ».
Une double intention existe dans ces propos consistant
à établir d’une part une relation de cause à effet
entre toutes les formes de violence tout en y voyant l’origine dans la
« rationalité abstraite », celle « des
Lumières » écrit plus haut le Commissaire de
l’exposition.
D’autre part, il s’agira de
considérer que c’est la constitution même d’une
représentation, « carcan du corps, miroir de
l’idéologie, outil du pouvoir » qui est au fondement du
« dressage des corps ». Ce qui implique dans ce cas
d’empêcher
à la source la possibilité
même d’une
appréhension. Y compris dans le sens
interrogatif du terme. D’où ce type d’exposition qui
désarticule art et corps pour en démanteler tout regard qui
interagira.
Cette manière de penser et d’agir dans le
détournement du sens et des sens, cet antirationalisme même, est
également le propre d’un
Deleuze
[38] :
« (...)
Soit l’interprétation du masochisme : quand on
n’évoque pas la ridicule pulsion de mort, on prétend que le
masochiste, comme tout le monde, cherche le plaisir, mais ne peut y arriver que
par des douleurs et des humiliations fantasmatiques qui auraient pour fonction
d’apaiser ou de conjurer une angoisse profonde. Ce n’est pas exact ;
la souffrance du masochiste est le prix qu’il faut qu’il paie, non
pas pour parvenir au plaisir, mais pour dénouer le pseudo-lien du
désir avec le plaisir comme mesure extrinsèque. Le plaisir
n’est nullement ce qui ne pourrait être atteint que par le
détour de la souffrance, mais ce qui doit être retardé au
maximum comme interrompant le procès continu du désir positif.
C’est qu’il y a une joie immanente au désir, comme s’il
se remplissait de soi-même et de ses contemplations, et qui
n’implique aucun manque, aucune impossibilité, qui ne se mesure pas
davantage au plaisir, puisque c’est cette joie qui distribuera les
intensités de plaisir et les empêchera d’être
pénétrées d’angoisse, de honte, de
culpabilité. (...).Le renoncement au plaisir externe, ou son retardement,
son éloignement à l’infini, témoigne au contraire
d’un état conquis où le désir ne manque plus de rien,
se remplit de lui-même et bâtit son champ d’immanence.
Le plaisir est l’affection d’une personne ou d’un sujet,
c’est le seul moyen pour une personne de « s’y
retrouver » dans le processus du désir qui la déborde ;
les plaisirs, même les plus artificiels, sont des reterritorialisations.
Mais justement, est-il nécessaire de se retrouver ? (...) ».
Ainsi Deleuze dissocie méticuleusement désir et
plaisir, leur « pseudo-lien » dit Deleuze, puisque le
plaisir est une « reterritorialisation » alors qu’il
s’agit de « dénouer » et donc (se) perdre.
Ses partisans ne s’y trompent pas puisqu’ils n’auront de
cesse de détourner le domaine de l’art par
exemple
[39] :
«
Fémininmasculin montre la coexistence en ce siècle
de deux généalogies artistiques concernant le sexe. L’une,
représentée par Picasso, inscrite dans la tradition classique
(et hégélienne) de la différence des sexes, conçoit
l’œuvre comme une opposition dialectique et organique du masculin
et du féminin (polarités, antagonismes, complémentarités...).
L’autre, représentée par Duchamp, inaugure une logique asymétrique,
faisant circuler les intensités masculines et féminines sur un
mode proliférant qui opère une déterritorialisation des
entités anatomiques, identificatoires et formelles. Cette double articulation
se trouve elle-même subvertie par des démarches (...) qui, à
partir de leurs perspectives singulières, conçoivent « une
politique féminine moléculaire, qui glisse dans les affrontements
molaires et passe en dessous, ou à travers » (Deleuze &
Guattari) (...) ».
Des représentations érotiques connues et ambiguës
servent d’outils non pour souligner les troubles du désir et ses
glissements progressifs, comme le soulignait Bunuel, mais pour une
« déterritorialisation » permettant la dissolution de
la volonté –donc du pouvoir- en impuissance volontaire, tel le
masochisme que défend Deleuze, dont la durée pure,
c’est-à-dire dont la répétition n’aura comme
seul objet
qu’elle-même
[40],
telle une
obsession
[41]
in(dé)finie qui se dissout, intensément, comme volonté et
se maintient, intensément, comme
fêlure
[42] :
« (...)
C’est pourquoi l’individu en intensité ne trouve son image
psychique, ni dans l’organisation du moi, ni dans la spécification
du Je, mais, au contraire, dans le Je fêlé et le moi dissous, et
dans la corrélation du Je fêlé et du moi
dissous.(...) ».
Chez Deleuze, non seulement la sensation
du désir est réduite à de l’excitation, de
« l’intensité », mais celle-ci se trouve
intentionnellement dirigée. Et elle se nommera
« joie » puisque c’est elle qui chez Deleuze
« distribuera les intensités de plaisir et les empêchera
d’être pénétrées d’angoisse, de honte, de
culpabilité » (cf.,
supra). Comme chez
Bataille
[43] :
« (...)
Si j’exprimais la joie, je me manquerais : la joie que j’ai
diffère des autres joies. Je suis fidèle en parlant de fiasco, de
défaillance sans fin, d’absence d’espoir. Pourtant... fiasco,
défaillance, désespoir à mes yeux sont lumière, mise
à nu, gloire (...) ».
Cette
« joie » est
donc transformée en
intention organisatrice, en « élément psychique
irréductible » qui « détermine la direction de
l’état émotionnel » écrit
Bergson
[44]
auquel se réfère souvent Deleuze.
C’est aussi
cette
même instrumentalisation du désir que l’on
retrouve à l’œuvre chez Derrida.
Par exemple
à propos de cette pratique corrélée par quelques biais
à celle de l’amour et qui s’observe dans le rapport au
« désir »
[45] :
« (...) Le désir s’ouvre à partir de
cette indétermination, qu’on peut appeler
l’indécidable. Par conséquent je crois que comme la mort,
l’indécidabilité, ce que j’appelle aussi la «
destinerrance », la possibilité pour un geste de ne pas arriver
à destination, est la condition du mouvement de désir qui
autrement mourrait d’avance. (...) ».
Cette
« destinerrance » se perçoit dans ce cas telle une
« différance »
[46]
, c’est-à-dire qui se comporterait comme une
« (...)différence (se) différant sans cesse,
(se) tracerait (elle-même), cette
différance serait la
première ou la dernière trace si on pouvait parler encore ici
d’origine et de fin. Une telle différance nous donnerait
déjà, encore, à penser une écriture sans
présence et sans absence, sans histoire, sans cause, sans archie, sans
télos, dérangeant absolument toute dialectique, toute
théologie, toute téléologie, toute ontologie. Une
écriture excédant tout ce que l’histoire de la
métaphysique a compris dans la forme de la
grammè
aristotélicienne, dans son point, dans sa ligne, dans son cercle, dans
son temps et dans son espace. (...) ».
Une
« diff-errance » donc. Dans
laquelle
[47],
« (...) le
gramme n’est ni un signifiant ni
un signifié, ni une présence ni une absence, ni une position, ni
une négation, etc; l’
espacement, ce n’est ni
l’intégrité (entamée) d’un commencement ou
d’une coupure simple ni la simple secondarité. Ni/ni, c’est
à la fois ou bien
ou bien (...) ».
Ce qui
rend dans ce cas bien ardu l’accès à une certitude,
même provisoire ou infiniment perfectible du désir, de son penser,
et donc ne peut qu’accentuer le doute qu’un
« je » puisse ne serait-ce que s’énoncer comme
locuteur.
Comme si, d’entrée de jeu, dans la formule
« je pense donc je suis », la saisie même du
« je pense » était empêchée. Ce qui rend
impossible la suite du « je suis ».
En effet si le
« je » est incapable d’emblée de penser
qu’il pense, si, dans le penser, sa capacité de saisie et donc
d’analyse permettant de désigner, dénombrer, classer,
d’établir des rapports pour aller enfin vers la synthèse,
c’est-à-dire vers le jugement les hiérarchisant, si tout
cela se trouve rendu impossible comment, lorsqu’il s’agit de devoir
être, celui-ci peut-il s’effectuer et ce socialement?
Janet (Pierre) soulignait à ce
sujet
[48] :
« (...)Il
me semble plus juste de dire que les idées de rapport ne sont pas
motrices par elles-mêmes, mais qu’elles arrêtent et
réunissent dans l’esprit, en un mot, qu’elles
synthétisent d’une manière nouvelle un certain nombre
d’images véritables qui ont elles-mêmes le pouvoir moteur.
L’effort volontaire consisterait justement dans cette
systématisation, autour d’un même rapport, des images et des
souvenirs qui vont ensuite s’exprimer automatiquement. La faiblesse de
synthèse que nous avions reconnue chez les malades ne leur permet
même pas complètement les synthèses
élémentaires qui forment les perceptions personnelles, à
plus forte raison, ne leur permet-elle pas ces synthèses plus
élevées qui sont nécessaires à
l’activité volontaire. (...) ».
Or en
l’attirant dans des différences qu’un a substitué au
e, transformera en errances,
« différance
[49] »,
sans fin, dans tous les sens de la locution, -le
« a
[50] »
s’entendant comme le « a » dans anarchie, la
possibilité cognitive même de l’acteur à pouvoir (se)
saisir (dans) l’action, sa capacité de synthèse dont parle
Janet, se trouve
contesté. C’est-à-dire
empêché.
Car cette contestation ne vise pas à
critiquer un contenu saisi, voire la manière de l’atteindre mais
à ébranler la capacité même
d’appréhension.
C’est en tout cas ce que note
Bataille
[51] :
« (...) le principe de contestation est l’un de
ceux sur lesquels insiste Maurice Blanchot comme sur un
fondement. »
Ainsi la contestation qui écarte par
définition tout principe et tout fondement est pourtant
élevée elle-même au rang d’un
« principe », d’un « fondement »,
Foucault en parlait plus haut. Mais lequel ?
Celui-ci
[52] :
« (...) j’ai entendu l’auteur poser le
fondement de toute vie « spirituelle », qui ne peut :
-qu’avoir son principe et sa fin dans l’absence de salut, dans la
renonciation à tout espoir, -qu’affirmer de
l’expérience intérieure qu’elle est
l’autorité (mais toute autorité s’expie),
-qu’être contestation d’elle-même et non-savoir
».
Et cette « expérience
intérieure » qui renonce à tout espoir, à tout
salut, qui est à elle-même sa propre autorité tout en
prônant le « non-savoir », tout en se contestant,
cette « expérience » possède tout de
même comme projet « le fondement de toute vie
« spirituelle ». Un tel « fondement »
n’est pas rien puisque la locution « toute vie
« spirituelle » implique nécessairement que tout
espoir, tout salut, tout savoir, devront être écartés de
« toute » vie « spirituelle » au sens
large du terme c’est-à-dire de toute conscience.
Ainsi
Bataille dans le même texte
énonce
[53]
:
« (...) l’expérience intérieure est projet, quoi
qu’on veuille (...). Mais le projet n’est plus dans ce cas celui,
positif du salut, mais celui, négatif, d’abolir le pouvoir des
mots, donc du projet. (...) ».
Ce « principe de
contestation » met donc en cause la saisie du réel afin
de
contester
au sens d’empêcher, le fait même
qu’une saisie puisse exister.
Ce qui implique d’empêcher
que
tout « je » puisse, dès le départ,
opérer une distinction entre divers sens tels que « le cercle
est carré », « je suis mort » etc., en
émettant l’idée que cette séparation préalable
effectuée par le « je » surdétermine en
quelque sorte la primauté d’un sens, en particulier le sens
« rationnel » sur tous les autres.
Derrida
énonce de son
côté
[54] :
« (...) Il y a dans les formes de signification non discursives
(musique, arts non littéraires en général), aussi bien que
dans des discours du type « abracadabra » ou « vert est
ou »
, des ressources de sens qui ne font pas signe vers
l’objet possible. Husserl ne nierait pas la force de signification de
telles formations, il leur refuserait simplement la qualité formelle
d’expressions douées de
sens, c’est-à-dire de
logique comme rapport à un
objet. Ce qui est reconnaître la
limitation initiale du sens au savoir, du logos à
l’objectivité, du langage à la raison » .
Or Husserl étudie l’ordre constitutif du sens du point
de vue
originaire[55]
c’est-à-dire avant qu’il ne se distribue en
« régions » de sens. À ce stade, il ne se pose
pas la question de savoir s’il est possible dans une fiction
d’écrire qu’un « cercle est
carré » mais que l’écrivain qui
l’écrit
connaît, au départ, le fait qu’un
cercle n’ « est » pas en soi carré.
Pourtant chez Derrida, c’est l’idée
même
posant apriori qu’il est possible qu’un cercle ne soit pas
carré qui exprimerait une « limitation initiale du
sens ». Ce qui est faux puisque en réduisant le signifié
du sens à l’« illimité » de son
signifiant, c’est-à-dire en mettant, sur le même plan, la
concordance grammaticale telle que « le cercle est carré
« ou « je suis mort » et le
sens social de
tels contenus, il est
évident que le fait même de
désigner est rendu impossible comme discrimination perceptive. Ce qui
n’est pas sans conséquences sur la détermination d’une
pensée, y compris dans sa traduction comportementale, ou psychosociale,
comme je l’ai indiqué plus haut en citant un texte de Derrida sur
le désir.
Dans un texte récent édité dans
une collection visant le grand public Derrida revient à la
charge
[56]
:
« (...) si je me méfie du terme
« liberté », ce n’est pas que je souscrive
à quelque déterminisme mécaniste. Mais ce mot me
paraît souvent chargé de présupposés
métaphysiques qui confèrent au sujet ou à la conscience
–c’est-à-dire à un sujet égologique (note 2)
une indépendance souveraine par rapport aux pulsions, au calcul, à
l’économie, à la machine. (...) Si la liberté est un
excès de jeu dans la machine, de toute machine déterminée,
alors je militerais pour qu’on reconnaisse cette liberté et
qu’on la respecte, mais je préfère éviter de parler
de liberté du sujet ou de la liberté de l’homme ».
Note 2 : « Chez Husserl la mise entre parenthèses du monde
transcendantal (ou
epoche) conduit à transformer l’ontologie
(ou étude des réalités abstraites) en une
égologie : l’être se réduit au moi qui pense
(...) ».
Si l’on s’en tient
seulement à cette « note 2 » objectons que Husserl ne
réduit pas « l’être au moi qui pense »
mais énonce plutôt qu’il existe,
en
science[57],
un « dédoublement du
moi »
[58]
où s’érige « au dessus du moi naïvement
intéressé »
[59]
un « spectateur désintéressé »
(
Ibid.).
Ce qui ne veut pas dire que le savant ne peut pas
associer
à ce qu’il a saisi des motivations autres mais
seulement qu’au moment même où il observe le savant se doit
d’être « désintéressé ». Du
moins s’il veut arriver à
connaître et donc rendre
évident ce qu’il y a à saisir.
Le propos de Derrida
vise en fait à mettre en doute l’indépendance du sujet en la
réduisant à une limitation ou à un pur
solipsisme
[60],
alors qu’Husserl prend bien soin de mettre ce terme entre guillemets et de
l’intégrer à toute une problématique vérifiant
le passage des jugements vers
l’universel
[61].
Cette
mise en doute ne relève pas de la simple objection critique qui rend
suspect le contenu de telle saisie
mais qui conteste le fait même de
saisir, surtout de manière « souveraine » en
empêchant déjà de penser la pensée d’un
Husserl.
De même qu’il rend méconnaissable Hegel
et ce sur cette même question du
sens
[62] :
« (...)
Hegel s’est aveuglé
par précipitation sur cela
même qu’il avait dénudé sous l’espèce de
la négativité. Par précipitation vers le sérieux du
sens et la sécurité du savoir. (...) Aller
« jusqu’au bout » du « déchirement absolu
» du négatif, sans « mesure », sans réserve, ce
n’est pas en poursuivre la
logique avec conséquence
jusqu’au point où,
dans le discours, l’Aufhebung, (le
discours lui-même) la fait collaborer à la constitution et à
la mémoire intériorisante du sens, à
l’Erinnerung. C’est au contraire déchirer
convulsivement la
face du négatif, ce qui fait de lui
l’
autre surface rassurante du positif, et exhiber en lui, en un
instant, ce qui ne peut plus être dit négatif.
Précisément parce qu’il n’a pas d’envers
réservé, parce qu’il ne peut plus
collaborer à
l’enchaînement du sens, du concept, du temps, et du vrai dans le
discours, parce qu’à la lettre, il ne peut plus
laborer et
se laisser arraisonner comme « travail du négatif »
(...) ».
En dehors de cette prétention toute
derridienne à réécrire Hegel, à suggérer
qu’il s’est « aveuglé
par
précipitation », bref qu’il ne dérida pas le
sens à la manière de Derrida, observons que le
« discours » hégélien, y compris chez le Hegel
de 1807, est en effet loin de « déchirer convulsivement la
face du négatif ». Car sa
précipitation
vise plutôt à
cristalliser le « négatif en
être
»
[63]
(
op. cit., t.1, p. 29). C’est-à-dire dépasse,
suspend, le moment de la « beauté sans force »
(
Ibid.), celle qui « hait l’entendement »
(
ibid.) car elle préfère seulement s’observer
infiniment dans le spectacle, la contemplation du monde sans chercher à
s’y prolonger effectivement dans la détermination et dans
l’objet.
Or c’est ce mouvement,
là, mais
hypostasié comme seul moment possible, désirable, qu’imite,
de manière extatique (et non e
k-statique comme chez Heidegger...)
Derrida.
C’est sa sensibilité
elle-même.
C’est elle qui
aspire (à être) cette plasticité
qui « hait l’entendement », cette
« beauté sans force » dit Hegel, et qui, dans
l’interprétation des meurtriers du
sens, devient,
objectivement, celle d’un auto-mouvement néo-aristocratique ne
faisant rien d’autre que détruire en vue de persister,
voilée, comme infinité abstraite, hypostase,
divinité barbare, sans aucun autre réel qu’elle-même.
Tout un tourbillon de non sens accentue ainsi sa vitesse (puisque
débarrassé de la nécessité de convertir le
négatif en être) pour atteindre le vide ou comment
« déchirer convulsivement la
face du négatif, ce
qui fait de lui l’autre surface rassurante du positif »
écrit Derrida. Ou comment une « économie » dite
« générale »
[64]
peut atteindre une telle cinétique du vide symbolique, qu’elle
engrangerait une
gravité si nulle que la matière du sens en
serait rendue
insensée, « convulsive », propice dans ce
cas à ce qu’une force, de force, (viol et violence de
l’Histoire), lui soit transmise afin d’être
possédée par le pro
gramme désiré,
celui de ces esthètes-physiciens du difforme, dont Lénine fut le
précurseur.
Ces conditions
intentionnelles de destruction volontaire du sens expliquent
bien pourquoi il ne s’agit pas d’irrationalité mais d’antirationalité
puisque la « raison discursive » loin d’être exclue se
trouve très précisément utilisée pour y arriver (par
exemple Bataille et Blanchot dans
L’expérience intérieure)
[65].
*
La classification de Bourdieu parmi ces auteurs peut cependant
sembler sinon fausse du moins unilatéral car lorsqu’il
critique
[66]
« (...) l ’analytique foucaldienne du pouvoir
qui attentive aux microstructures de domination et aux stratégies de
lutte pour le pouvoir, conduit à exclure les universaux et, en
particulier, la recherche de toute espèce de moralité
universellement acceptable. (...) »,
il
est tentant d’y voir une différence de fond, Foucault
récusant tout universalisme, Bourdieu le défendant.
Par
ailleurs la formule « nihilisme antirationaliste » est
repérable dans
Méditations
pascaliennes[67]
(p. 145).
Elle désigne semble-t-il chez Bourdieu les
tentatives « post modernes » et
« déconstructionnistes » (
Ibid.,pp.128-129)
qui s’en prennent à la notion même de fondement mais oublient
d’effectuer ce même genre d’analyse pour caractériser
« le lieu d’où ils parlent » selon la
célèbre formule en vogue depuis les années
60.
Seulement il est bien difficile de repérer en quoi cette
critique de Bourdieu envers « la critique du fondement qui escamote la
question du fondement (social) de la critique,
« déconstruction » qui omet de
« déconstruire » le
« déconstructeur » » (
Ibid., p. 129)
est décisive et, au contraire, ne l’amende pas plutôt.
Il semble bien en effet qu’il soit quelque peu ardu
d’observer dans quelle mesure elle s’en distinguerait, du moins
fondamentalement, car en écartant l’idée qu’un
« agent » puisse agir « de
manière libre, consciente (...) » (
Ibid., pp. 165,166),
Bourdieu met lui aussi en cause la notion même de fondement puisque
celle-ci n’a d’objet qu’en rapport avec un sujet. A savoir le
fait qu’un être humain soit ontologiquement
sujet, même
si historiquement cela n’a pas été toujours le cas. Ce qui
implique, depuis au moins le 18
ème siècle,
d’être précisément
fondement légitime de
son agir. C’est-à-dire de vouloir librement et en conscience, et ce
de manière
distincte –ce qui ne veut pas dire
séparé- à son socle « social » qui en
structure la forme historique.
Ainsi agir en tant que sujet
signifie la nécessité de fonder le plus objectivement qui soit sa
capacité à saisir le réel. Ce qui implique
d’établir un lien certain entre une représentation et sa
réalité effective et, pour y parvenir de manière encore
plus sûre, de faire en sorte qu’un
tiers puisse arriver
à la même conclusion que soi.
C’est ce qui pourrait
être appelé une
souveraineté limitée.
Il
va de soi que cette acception du fondement est contesté par
Bourdieu.
Dans ces conditions lorsque Bourdieu critique Foucault plus haut,
l’on ne voit guère comment l’emploi des termes tels
qu’« universaux » et d’une locution comme
« moralité universellement acceptable » est rendu
possible autrement que de manière
ad hoc puisque Bourdieu
récuse l’existence de cet universel par excellence qu’est le
fait de pouvoir se saisir objectivement comme sujet.
Ce qui implique
qu’il n’y a pas lieu pour Bourdieu
de
« distinguer, dans la plupart des cas, ce qui,
dans les pratiques, tient à l’effet des positions et ce qui est le
produit des dispositions que les agents y importent et qui commandent tout leur
rapport au monde.
(...) »
[68].
Mais, dans ce cas, tout individu -scientifique ou non- plongé dans
cette non « distinction » se met nécessairement
à douter non seulement du contenu de son énonciation mais de sa
position même de
locuteur capable d’associer un sens :
un « je pense
que ».
Car en
énonçant « je pense que » qui parle selon
Bourdieu ? Qu’est-ce que parler veut dire ?
Qui décide
en « je » d’énoncer le
« que », c’est-à-dire qui
associe ? Qui
est ce « je » sommé d’échapper en
quelque sorte « à l’illusion de la transparence de la
conscience à elle-même » tout en
ne pouvant
distinguer entre position et disposition ?
Certes Bourdieu prend
soin d’admettre que les positions ne sont pas
interchangeables
[69] :
« (...)
les agents prennent des positions qui, loin d’être
interchangeables,(...) dépendent toujours, en réalité, de
leur position dans le monde social dont ils sont le produit et qu’ils
contribuent pourtant à produire. (...) ».
Mais
n’est-il pas possible d’observer que même cette
précision est réduite à néant par le fait que cette
non interchangeabilité « dépend » de la
« position dans le monde social dont ils sont le produit et
qu’ils contribuent pourtant à produire. (...) » ?
Dans ce cas la position devient une disposition et vice versa puisqu’elle
produit et est en même temps produit. Mais n’est-il pas alors
possible d’avancer que c’est cette indifférenciation
même entre position et disposition qui devient le seul locuteur à
disposition en « je »?...
En effet tout locuteur en
énonçant, tout auditeur en écoutant, se demandera
d’emblée et
donc en apriori,
sans se préoccuper du
contenu en sens, « qui parle » dans ce
« je » : est-ce une position, une disposition, et ce
quand bien même on leur aurait dit qu’il ne faut pas faire de
distinction.
Car au fond n’auront-ils pas cette curieuse impression
d’entendre la voix qui énonce le phénomène comme
s’il s’agissait
uniquement de celle d’un
autre ?...
La formule rimbaldienne stipulant que « je est
un autre » et qui veut souligner semble-t-il que « je est
aussi un autre » se rétracte en un contraire restrictif
stipulant que « je est
seulement un autre ».
Ce qui n’est pas, du tout, la même
chose.
« Je est
seulement un autre »
désigne en effet plutôt une dépossession,
c’est-à-dire la possession du « je » par
l’indifférenciation opérée entre position et
disposition, le « je » parlant dans ce cas comme s’il
était envoûté.
Or il semble bien que cela soit cette
indifférenciation, elle-même, érigée ainsi en lieu et
place du sujet qui
est l’objectif du nihilisme antirationaliste
étudié ici, Bourdieu y compris dans ce cas.
Il n’est en
effet pas possible de concevoir que sa réduction des dispositions aux
positions, son refus de considérer que l’individu devient sujet
parce qu’il peut précisément s’objectiver -du moins
s’il adopte la bonne méthode et est aidé par
Léviathan lorsqu’il n’est pas issu d’un milieu
culturel actif, (qui peut être en même temps pauvre en position
sociale...)- ne sont
que les réitérations
mécanisées des résidus fondamentaux du marxisme mixé
au transformisme et au culturalisme sociologiste.
La position de Bourdieu
va bien au-delà de cela et expose plutôt une systématique de
destruction de tout ce qui permet l’auto-saisie de l’individu comme
sujet et acteur du monde, quand bien même son action serait-elle à
chaque fois historiquement située.
Pour le prouver encore, observons
la façon dont il critique un Latour -(pourtant bien disposé
à son égard)- qui selon
Bourdieu
[70]
« (...) s’efforce de montrer que le savant conscient
de ses intérêts symboliques serait la forme la plus accomplie de
l’entrepreneur capitaliste dont toutes les actions sont orientées
par la recherche de la maximisation du
profit.(...) ».
Bourdieu écarte brutalement cette
position (
Ibid.):
« Faute de chercher le principe
des actions là où il est vraiment, c’est-à-dire dans
les positions et dans les dispositions, Latour ne peut le trouver que dans des
stratégies conscientes (voire cyniques) d’influence et de pouvoir
(régressant ainsi d’un finalisme des collectifs à la Merton,
à un finalisme des agents individuels. (...) ».
Ainsi Bourdieu écarte, d’emblée, sans aucune autre
démonstration que l’emploi de l’adverbe
« vraiment », l’existence de
« stratégies conscientes (voire cyniques) » pour y
substituer, intentionnellement, « le principe des actions là
où il est vraiment, c’est-à-dire dans les positions et dans
les dispositions, (...) », ce qui réduit
nécessairement la décision d’action dans son
« principe » à un effet contextuel.
Ce faisant
Bourdieu confond (volontairement) d’une part une constante
anthropologique, (tout comme Latour d’ailleurs ) celle de
l’appât du gain -que Weber distingue précisément de
« l’esprit du
capitalisme »
[71]
et que l’on peut corréler à une tendance à la
conservation négative de soi (typologie que je développerai dans
un prochain ouvrage)- avec, d’autre part, sa mise en forme historique qui
varie singulièrement selon que x individus donnés
décident telles ou telles actions peu scrupuleuses.
Cette individualisation, historiquement située, implique dans ce
cas une analyse qui ne se satisfait pas de la mécanique des
quantités de positions et de leurs variations cognitives à
disposition car il faut également lui corréler une étude
des dynamiques qui donnent le rythme et l’allure et de là modifient
les matrices d’action et leurs trajectoires ; d’où
également la nécessité d’une étude qualitative
des motivations et de leur mode d’émergence.
Bourdieu ne
peut ne pas avoir conscience de cet état de fait. Lorsqu’il
reprend Latour, il faut donc plus y voir une volonté systématique
d’empêcher politiquement toute autre analyse que
l’itération mécaniste de la sienne. Car en
accréditant la notion d’intérêt, comme le veut Latour,
l’on présuppose par quelques biais la notion de sujet
–même collectif- et donc l’idée d’une
souveraineté –même infime- dans l’acte d’agir.
Or la stratégie du nihilisme antirationaliste tend
précisément à
empêcher cette
possibilité et Bourdieu, à sa manière, en applique
strictement les pas de programme. C’est, depuis le début, ma thèse.
Conclusion
A ce stade, il est maintenant loisible de répondre aux deux
questions suivantes afin de bien cerner si ce qui précède a bien
analysé l’objet étudié ici, à savoir le
nihilisme d’origine française :
Un tel effacement du
sujet, de son rôle actif comme acteur décisionnel, ne voyant en lui
que l’agent ou la machine désirante, support et lieu de
pouvoir dont l’autonomie de position varierait par ailleurs uniquement
selon son habilité à manipuler des dispositions apprises et des
rapports de force, -dont la vérité-, une telle réduction de
l’activité humaine à la somme de ses facteurs de production
-pour la plupart hors de portée- est-elle intentionnelle,
c’est-à-dire
liée à une raison
subjective pour employer ici une formule de Boudon ?
Ou
résulte-t-elle d’une erreur d’analyse réduisant
l’action, humaine, à un effet idoine des structures sociales
réitérant ainsi l’appréhension hyperempiriste et
commune de l’élément extérieur venant imprimer cette
cire, ce buvard, que serait la motivation humaine cette
tabula rasa que
certaines conceptions (monopsychisme, historisme, culturalisme), ont
agité et agitent encore comme fondement –implicite-, au-delà
de leur opposition sur la cause finale ?
Je pense avoir
démontré que cet effacement est intentionnel en ce sens
qu’il est subjectivement rationalisé. Et que cette rationalisation
là n’est pas quelconque puisque en empêchant l’auto
saisie du sujet lorsqu’il associe du sens à ses actes, en
interférant dans les pratiques sociales par la diffusion de perceptions
déformées, elle (dé) voile son objet, la
parenthèse signifiant qu’elle l’entrebâille cependant
afin de coopter de nouveaux « amis ». Mais le nihilisme en
tant qu’antirationalisme ne peut pas effacer toutes ses traces, même
lorsqu’il les écrit à l’encre sympathique et surtout
lorsqu’il s’affiche en sujet référentiel et politique.
Il est alors possible d’en suivre les linéaments et de les rendre
visibles. Puisqu’il s’agit de circonscrire objectivement
l’association de sens au sein de toutes les pratiques théoriques et
sociales animées par les individus, c’est-à-dire des
personnes, des institutions, des entreprises, comme le dénombre J.
Baechler
[72].
Il serait d’ailleurs fort intéressant de suivre cette fois
dans les pratiques au quotidien et non plus dans la caverne des textes comment
tout ce nihilisme se réalise par des lecteurs sommés
d’être Brutus ou Eurydice. Si en effet l’écriture
n’est pas l’outil choisi, comment sa
praxis
s’effectue-t-elle ?
Ne la voit-on pas à
l’œuvre, ici en danse, peinture, théâtre, sculpture,
opéra, cinéma, expositions, médias, là en
architecture, plus loin dans l’éducatif jusqu’au discours sur
la jeune délinquance, mais aussi là-bas dans les mœurs et les
faits divers aux courts circuits étranges, ou dans la néo
agit-prop du
no safe aux confins interlopes des salons demi-mondains et
de nouvelles Cour des Miracles ?... Ce travail, difficile, reste à
faire.
[1]
Philosophie de la logique, Paris, Aubier-Montaigne, 1975,
pp.
24-25.
[2]
La pensée du dehors, Paris, Gallimard,
Dits et
écrits, (38), 1994, t.1, pp.
523-524.
[3] Moralités postmodernes,
Paris, Galilée, 1993, p. 89.
[4] Les fins de l’homme
à partir du travail de Jacques Derrida, Paris, Galilée, 1981,
p. 305.
[5]Différence
et répétition, Paris, PUF, 1968, p.
369.
[6]
Ce que rejette Boudon : « Rien, ni dans la
physique ni dans la poésie, ne permet de démontrer ni que le
physicien comprenne mieux la
physis que le poète, ni que le
poète la comprenne mieux que le physicien ».
À quoi
sert la notion de « Structure » ? Paris, Gallimard,
1968, p.226, note
10.
[7]
Paris. Minuit,
1994.
[8]
Entretien avec Michel Foucault, 1980, Paris, Gallimard,
Dits et écrits, (281), t. IV, 1994, pp.
44-45.
[9]
Qui êtes-vous professeur Foucault ? Paris,
Gallimard,
Dits et écrits, (50), t. I, 1994, p.
602.
[10]
Ibid., p.
603.
[11]
Ibid., p.
603.
[12]
Ibid., p.
605.
[13] 1985, p. 17.
[14] Baudrillard peut de son
côté énoncer : « (...) La règle absolue
de la pensée, c’est de rendre le monde tel qu’il nous a été
donné -inintelligible- et si possible un peu plus inintelligible.(...) ».
Le crime parfait, Paris, Galilée, 1995, p. 151.
[15]
L’argumentation philosophique,
étude de
sociologie cognitive, Paris, PUF,
1995.
[16]
Qui êtes-vous professeur Foucault, op.cit., p.
602.
[17]
Paris, Le
Seuil.
[18]
Paris,
Gallimard/idées.
[19]
Structuralisme et poststructuralisme, Paris, 1983,
Gallimard,
Dits et écrits, (330), t.IV, 1994, p.
437.
[20]
Entretien avec Michel Foucault, Paris, 1978. Gallimard,
Dits et écrits, (281), t. IV, 1994, p.
48.
[21]
Dérive à partir de Freud et de Marx...
Paris, 10/18, 1972, pp. 59,60. Page 125 et suivantes aux éditions
Galilée,
Paris.
[22]
La pensée du dehors, sur M. Blanchot, Paris
, 1966,
Dits
et écrits, (38), Gallimard, t.1, 1994, pp. 524,
525.
[23]Qu’est-ce
qu’un auteur ? Paris, 1969,
Dits et écrits, (69),
Gallimard, t.1, 1994, les blocs marqués d’un tiret sont issus
respectivement des pages
792,793.
[24]
Préface à la transgression, Paris, 1963,
Dits et
écrits, (13), t.1, Gallimard, 1994, p.
238.
[25]
L’illégalisme et l’art de punir, 1976,
Paris, Gallimard, (175),
Dits et écrits, t. III, 1994, p.
87.
[26]
Entretien avec Michel Foucault, 1978, Paris, Gallimard, (281),
Dits et
écrits, t. IV, 1994, p.
47.
[27]
Foucault étudie la raison d’Etat, 1979, Paris,
Dits et
écrits, Gallimard, (272), tome III, 1994, p.
805.
[28]
Foucault ou le nihilisme de la chaire, Paris, Gallimard, 1986, pp.
100-126.
[29]
Préface, 1977, Paris, (189), Gallimard,
Dits et
écrits, tome III, 1994, pp. 135,
136.
[30]
La pensée du dehors,
Dits et écrits, (38),
op.cit., t.1, p.
523.
[31]L’Amitié,
Paris, Gallimard, 1971, p.
85.
[32]
Méditations pascaliennes, Paris, Seuil, 1997, p.
50.
[33]
Paris, Minuit, 1967, p.
96.
[34]
Positions, Paris, entretien 1971, Minuit, 1972, p.
87.
[35]De
l’économie restreinte à l’économie
générale dans
L’écriture et la
différence, Paris, Seuil, collection Points, 1967, p.
369.
[36] Idem, p. 403.
[37]
Exposition organisée par le Musée du Louvre et la
Réunion des musées nationaux du 19 octobre 2001 au 14 janvier
2002. Commissaire : Régis Michel, conservateur en chef au
département des Arts graphiques, musée du Louvre.
[38] Deleuze-Guattari.
Capitalisme
et schizophrénie. Mille plateaux. Paris. Minuit, 1980, p. 192.
[39] Editorial de Marie-Laure
Bernadac et Bernard Marcadé présentant l’exposition «
fémininmasculin
le sexe de l’art » (26 octobre 1995/12 février 1996)
dans le
Petit Journal de l’exposition, Paris, Centre Georges Pompidou
p. 2.
[40]
C’est ce que Deleuze explique d’ailleurs dans
Différence et répétition, Paris, PUF, 1968,
3
ème édition, 1976, par exemple pp. 12,
15.
[41]
Ibid., p. 29.
[42]
Ibid., p.
332.
[43]
L’expérience intérieure, Paris,
Tel-Gallimard, 1980, p.
46.
[44]
Essai sur les données immédiates de la conscience, Paris,
Quadrige, 1993, p.
22.
[45]Sur
Parole. Instantanés philosophiques, Paris, éditions de
l’aube, 1999, p.
53.
[46]Marges
de la philosophie, Paris, Minuit, 1968, pp.
77,78.
[47]
Positions, Paris, Minuit, 1972, pp. 54 et
suivantes.
[48]
L’automatisme psychologique, Paris, Odile Jacob, 1998, p. 523.
[49]La
voix et le phénomène. Introduction au problème du signe
dans la phénoménologie de Husserl, Paris, PUF, 1967, p.
92.
[50]
A : « (...) I. Vide de sens, introduisant un objet
dit indirect. (...) », Petit
Robert.
[51]
L’expérience intérieure,
op.cit., première partie, III, astérisque en bas de page p.
24.
[52]
Idem, quatrième partie, p.
120.
[53]
Idem, première partie, III, p.
35.
[54]La voix et le phénomène,
op.cit., p. 111.
[55] Méditations cartésiennes
(ici MC), traduction Levinas, Paris,Vrin, 1980.
§4, Note 2, p.
9.
[56]
De quoi demain... dialogue, op.cit., pp. 85,
86.
[57]
MC,
op.cit., §5, p.
10.
[58]
MC,
op.cit., §15, p.
30.
[59]
MC,
op.cit., §5, p.
11.
[60]
C’est ce que Derrida
conteste en permanence
chez Husserl : « (...) Dès qu’on admet que
l’auto-affectation est la condition de la présence à soi,
aucune réduction transcendantale pure n’est possible.
(...) ». (
La voix et le
phénomène, op. cit.,
p. 92. Voir également sur
ce même point,
Signature, évènement, contexte, dans
Marges de la philosophie, op.cit., pp. 380 et suivantes ;
Force et signification dans
L’écriture et la
différence,
op.cit., p. 93. Et plus récemment
Sur
Parole. Instantanés philosophiques,
op.cit, p.
80).
[61]
MC,
op.cit., §15, p.
30.
[62]
L’écriture et la différence,
op.
cit., p.
381.
[63]
Phénoménologie de l’esprit, tr.
Hyppolite, Paris, Aubier, 1941, t.1, p
17-18.
[64]
Derrida,
op. cit.,
1967, chapitre 9.
[65] Op. cit., p. 67.
[66] Méditations pascaliennes,
op.cit., p. 129.
[67]
Op. cit., cf.,
supra.[68]
Ibid., p.
184.
[69]
Ibid., p.
225.
[70]Science
de la science et réflexivité, cours du collège de
France 2000-2001, Paris, Raisons d’agir éditions, 2001, p.
61.
[71]
L’éthique protestante et l’esprit du
capitalisme, Paris, Plon, 1964, pp.14-15, note 1,
pp.15-16.
[72]
Démocraties, op.cit, p.30,
astérisque.
