Cinq appels à contribution

Cinq appels à contribution

1. Vers un paradigme morphologique unifiant les sciences sociales et humaines en vue du dialogue fructueux avec les sciences de la matière et de la vie.

 

Le terme de « morphologique » — utilisé principalement en SHS par Jean Baechler à la suite de la thèse de Durkheim (1893) dans démocraties (Paris, éditions Calmann-Lévy, 1985, p. 301) — peut être énoncé comme ayant un contenu heuristique « général » certain parce qu’il peut expliquer un maximum de faits au sens de saisir non seulement les conditions nécessaires et suffisantes de leur émergence, mais aussi de considérer celles-ci comme des « formes » articulant dialectiquement constances et variations. En ce sens il a fonction de paradigme.

Donnons comme contre-exemples dans le domaine des sciences plus spécifiquement « sociales » le fait que la théorie marxienne de la « survaleur » sera ici classée comme théorie locale ou restreinte et non pas « générale » parce qu’elle raisonne seulement sur quelques cas (appât du gain, domination et reproduction négatives) et non pas sur l’ensemble des cas stratifiant tout ordre social en tant que ventilation fonctionnelle de compétences et de résultats agrégés et hérités historiquement. Il en est de même pour la théorie bourdieusienne de la relation élément/champ surdéterminant le second terme sur le premier. Car si cette boucle peut être repérée pour certains éléments elle ne l’est pas pour tous. Ce qui implique que la densité relationnelle du champ considéré ne peut à elle seule constituer ni conduire les éléments composant le champ et agissant en lui, surtout lorsque ces éléments sont « humains » et peuvent donc entrer en résilience, résistance, contre le champ et sa pression existentielle et symbolique. Le réel humain n’est donc pas réductible à la somme des rapports et leur ventilation en relations historiquement situées.

Il n’en serait pas de même par contre de théories plus générales d’emblée comme la théorie thomienne de la « stabilité structurelle » morphogénétique (1980), la théorie reuchlinienne de la psychologie différentielle (1995), la théorie nuttinienne de la motivation humaine (1980). De même que l’individualisme méthodologique (non réduit à la raison instrumentale mais s’appuyant à la façon de Boudon sur la « raison ordinaire » (2012) ou la théorie baechlerienne (« macro, quasi-micro et micro ») des ordres sociaux et de leur « valence » (2000) ainsi que l’analyse proposée déjà ici sous le label « oligomorphie du développement humain » (2011) .

L’objet de ce dossier consistera donc à établir ce qu’il en est de ce concept de « morphologie » pensé dans toute une transversalité à même de le présenter comme paradigme des sciences sociales et humaines au sens de percevoir la forme de l’objet étudié dans l’ensemble des niveaux de réalité posés comme des « moments  » ou « angles » pouvant apparaître contradictoires et/ou complémentaires selon les cas.

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2. La crise française actuelle:

Sa genèse depuis  la fin de la seconde guerre mondiale, l’échec de l’Europe de la défense, la décolonisation, la guerre d’Algérie, 68, le départ de De Gaulle,la crise économique sous Giscard,  l’arrivée au pouvoir de Mitterrand, l’impossibilité de s’entendre sur le mot de « réforme », les impasses européennes, les bouleversements mondiaux, la montée des populismes et des mouvements radicaux, LMPT, zad, djihadisme, Nuit debout, la crise du politique, la défiance française envers ses élites,  la crise du PS, des écologistes de l’extrême gauche, du PCF, la crise des gaullistes, des centristes, bilan des présidents depuis Mitterrand,  la crise des institutions syndicales, des intellectuels, de l’Université, du système éducatif,  la crise du modèle social français, ce qui tient encore dans le système productif français, les possibilités du renouveau…

Il s’agira de prendre l’un des thèmes ou de les articuler dans une explication d’ensemble.

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3. L’impasse du conflit israélo-palestinien

depuis la fin du 19ème siècle, la déclaration Belfour (17), les années 20 à 47 : en quoi le rapprochement des démocrates juifs et arabes a été empêché à l’époque ; la partition de 47, que s’est-il réellement passé ? La guerre 47-48, la montée en puissance simultanée du nationalisme arabe et du sionisme politique, l’échec de 1956, de 1967, la montée de la radicalisation palestinienne, le septembre noir jordanien de 1971, la guerre du Kippour, la guerre du Liban, les impasses du nationalisme arabe et la montée en puissance de l’islamisme inspirée par l’Iran, le durcissement des positions n’est pas à voir seulement du côté israélien, le plan de paix d’Oslo, les intifada, les mémoires de Bill Clinton expliquant l’échec d’Arafat, pourquoi Rabin a-t-il été assassiné ? Israël est-il le seul acteur à être réticent à une « paix des braves ? » Le problème des « réfugiés », l’action des acteurs étrangers semant la zizanie entre palestiniens et israéliens, l’échec d’Oslo II, la guerre Hamas, Fatah, la crise de l’OLP, les répercussions de la crise syrienne, la modification des rapports de force au sein de l’élite politique israélienne, l’intifada des couteaux, et maintenant ?…

Idem : Il s’agira de prendre l’un des thèmes ou de les articuler dans une explication d’ensemble.

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4. Les Relations Internationales dans toute leur amplitude

Les crises européennes ;  impasse mondiale des plans de relance néo-keynésiens (Q.E) et des ouvertures de marché sans régulation ou les dumping sociaux ; le bras de fer Obama-Poutine a aussi des racines idéologiques (imposer le postmodernisme relativiste et multiculturaliste d’une part, imposer le revival grand russe faisant l’impasse sur l’échec du communisme d’autre part) ;  la paradoxale faiblesse chinoise ; la Corée du Nord est-elle aussi incontrôlable qu’il est dit ? ; la question dudit « réchauffement climatique » : état réel des choses ; la guerre idéologique actuelle entre transformistes (néo-léninisme, transhumanisme, théories du genre, relativisme multiforme, consumérisme) néo-modernes (démocrates, libéraux-républicains, ) et néo-illuminarisme (alter-mondialistes, deep ecology, néo-religieux partisans du retour aux origines); la guerre qui vient : permanence des bombes improvisées, sales, guerre informatique permanente, biologique…;

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5. La question de l’art

Penser l’art à nouveaux frais, l’art ancien, imitation de la nature, magnificence, baroque, classicisme, romantisme, néo-classicisme, réalisme, naturalisme, symbolisme, impressionnisme, fauvisme expressionnisme art nouveau futurisme cubisme césure entre art et décoration (idéologique y compris) surréalisme dadaïsme Duchamp critique du conceptualisme et de la notion même d’art, nous n’avons pas compris ce qu’il voulait dire, d’où la toute puissance de l’art dit contemporain, qui est un art décoratif, pas du tout rebelle, ou ce que précisément critiquait Rousseau à l’époque de la guerre des bouffons ?… Bref, où en sommes-nous avec l’art ?…

Les contributions peuvent être envoyées à info@dogma.lu pour une mise en ligne (après évaluation) fin juin ou fin septembre ou fin décembre 2016 (respectivement numéro d’été, d’automne et d’hiver).