Préface à Philosophie nomade 1

Angèle Kremer Marietti

Qu’on ne se méprenne pas sur l’intention portée par la « philosophie nomade » d’un philosophe qui a traduit en langue arabe les oeuvres de Paul Ricoeur, de Maurice Merleau-Ponty, de Gilles Deleuze, et dont la thèse magistrale, soutenue à l’université de Tunis en 2003, a pour titre « Le problème de la liberté et la vertu du sens dans la philosophie de Maurice Merleau-Ponty ».

Auteur de plusieurs ouvrages philosophiques publiés en langue arabe, et tels que Savoir et pouvoir chez Michel Foucault (1994), Éthique de la mort et du bonheur (2005), La philosophie de l’agir (2007), Abdelaziz Ayadi, professeur à l’université de Sfax (Tunisie), travaille actuellement sur le thème de la problématicité et des rythmes. L’ouvrage qu’il nous propose aujourd’hui, dans une langue française très précise et très élégante, comporte donc des rhizomes
qui concernent la culture philosophique contemporaine et qui nous «parlent» profondément.

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PHILOSOPHIES DE L’ARGENT AU XIXe siècle

Angèle Kremer?Marietti

L’or et l’argent, le papier-monnaie, le capital, le crédit, l’épargne, l’impôt, la richesse :
autant de réalités et de représentations, qui apparaissent et disparaissent, et que, peu à
peu — et même sans vouloir les penser directement – la société européenne admettra et
même introduira dans les thématiques philosophiques. Le point de rupture, comme
pour le concept de science positive, est, là aussi, situé aux environs de l’année 17501,
marquée par la parution de l’ouvrage de Galiani, Della moneta, première théorie
moderne de l’argent, que l’on put lire en français en 1821, et dont Nietzsche, à la fin du
siècle, ne cessera de vanter les mérites. Mérites qui avaient été effacés ou voilés par le
succès des Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, qui fit
d’Adam Smith, dès 1776, la principale référence en matière d’économie.

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Michel Paty, Einstein et la philosophie des sciences

Angèle Kremer-Marietti

1. La philosophie d’Einstein
1.1. Paty et Einstein
L’intérêt de Michel Paty pour Einstein remonte très loin dans sa biographie avant qu’il n’aboutisse à écrire et publier le grand livre, Einstein philosophe, en 19931, livre qui comporte un second volet2 encore à paraître, sans oublier le livre de 1997 sur la création scientifique3, et sans compter les nombreux articles sur Einstein. Michel Paty a su
parfaitement rapprocher Einstein de la philosophie et même directement faire d’Einstein un philosophe ! On devine déjà que ce rapprochement, aboutissant à l’assimilation de la physique fondamentale à la philosophie, a sa raison profonde dans la personnalité même de Michel Paty, à la fois physicien et philosophe. On trouve dans son livre, comme un slogan pour résumer sa position : «La physique comme pratique philosophique»4.
Car ce qui intéresse Michel Paty dans la pratique de la science de la physique, pour lui incontournable dans l’éducation de tout épistémologue, c’est la création et l’innovation saisies dans leur pratique directe. En effet, la création scientifique est le thème majeur sur lequel débouche Michel Paty en tant que philosophe des sciences physiques, parce qu’il a directement trouvé dans Einstein le meilleur exemple de l’activité créatrice en science. Par
ailleurs, Michel Paty n’a pas manqué de relever les parentés philosophiques d’Einstein, surtout l’affinité spinoziste qu’il a su approfondir au coeur des connaissances philosophiques d’Einstein, parmi lesquelles il a découvert une prudence humienne eu égard à l’idée de causalité : ce qui va différencier la notion même de déterminisme dans la philosophie physique d’Einstein.

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Le paradigme scientifique : cadres théoriques, perception, mutation

Angèle KREMER-MARIETTI
Université de Picardie, Amiens
Groupe d’Études et de Recherches Épistémologiques, Paris

1. Définition du paradigme scientifique
Tel qu’il apparaît, protéiforme et utilisé dans une littérature actuellement innombrable et infiniment diverse – je veux dire une littérature développée aussi bien dans des domaines et sur des thèmes les plus variés –, le concept de «paradigme» se présente comme le concept d’un modèle de référence ou d’un exemple auquel se référer. En tant que modèle et exemple dans le domaine scientifique, le paradigme est un ensemble de règles ou de normes admises et utilisées par une communauté scientifique afin d’étudier les faits délimités et problématisés par ce paradigme. Très justement, Steve Fuller parle d’une «pièce exemplaire de recherche» (an exemplary piece of research) et du «photocalque qu’il procure à la recherche future» (the blue-print it provides for future research).1
Autrement dit, la simple rubrique «paradigme» représente «l’idée que la recherche scientifique est ancrée dans un exemple que les chercheurs utilisent comme un modèle pour de futures investigations».2

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Nietzsche, Metaphor and Cognitive Science

Angèle Kremer Marietti

Nietzsche’ s particular interests for symbolic processes render him very near to our contemporary philosophers of the mind. One of them, Colin Murray Turbayne explains that now the problem is “of bringing to the surface these extended metaphors submerged or partially submerged in the account of influential metaphysicians of the past”. In the present essay, as in previous ones written in the same spirit, I have tried to examine Nietzsche’ s hidden epistemology which reveals the symbolic processes in the human mind. Indeed, in many texts, and especially in the Philosopher’s book, Nietzsche stated that it was possible to find out a genesis of thought from the point of view of an artistic power selecting the images on the basis of similarity and contrariety. I will present Nietzsche’s
thought on this issue.

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Nietzsche et l’énergie de la puissance

Angèle Kremer-Marietti
Groupe d’Études et de Recherches Épistémologiques, Paris
Colloque de Tunis, Institut des Sciences humaines et sociales, 17-19 Avril 2008

Pour se lancer dans la spéculation philosophique, Nietzsche a suivi les connaissances scientifiques de l’époque parvenues jusqu’à lui et fondées sur des faits avérés, qu’ils fussent historiques ou matériels. Qu’il s’agisse de philologie, d’anthropologie ou de physique et chimie, biologie, les sources de Nietzsche sont sérieuses.
Dans les conditions d’une information universelle, telles sont les questions que se pose Nietzsche : Quel rôle doit jouer la philosophie ? Dans quel style ? À partir de quelles notions centrales ? Sur quelles bases ? Et dans quelles perspectives ? Telles sont aussi les questions auxquelles il répond. C’est pourquoi je vais aborder successivement les
points suivants:
1. La poeïsis et, en particulier, la production philosophique
2. Les lectures déterminantes de Nietzsche
3. La méthode et ses objets
4. La Volonté de puissance et l’Éternel retour
5. Conclusion

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La loi qui institue le temps

Colloque de l’Association Française de Psychiatrie du 11 octobre 2008 à Suze-la-Rousse (Drôme)
1) Introduction : une histoire du temps
2) Le temps du narrateur ou les trois fois triples temps
3) Le problème du temps de Hawking à Kant
4) La position de Hawking.
5) Pluralité des approches kantiennes du temps.
6) Que présuppose le ‘pas de bord’ de Hawking?
7) Une cinquième approche kantienne du temps.
8) Conclusion : L’écheveau des orientations temporelles

1. Introduction : Une histoire du temps
Il y a plus de 2500 ans que les humains traitent la question du temps. Si l’on voulait écrire une histoire du temps, on aurait beaucoup à faire avec l’étude des moyens que les sociétés diverses se sont donnés avant tout pour mesurer le temps d’une heure, d’une journée, d’une semaine ou d’une année qui soient des modèles, sans compter l’examen des groupements des jours, des mois et des années que l’humanité a formés selon des motifs divers dans des calendriers divers, plus ou moins sacrés. On pourrait même illustrer un tel volume d’une quantité innombrable de représentations peintes ou sculptées, écrites en prose et en vers, chantées ou jouées sur des instruments les plus variés. Partout, ce sont autant de représentations du temps.

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Interculturalité et plurilinguisme: perspectives

Angèle Kremer Marietti

Festival de la Culture de Gabès (Tunisie) – Colloque jeunesse et processus d’acculturation – juillet 2010
Egalement publié par l’Observatoire européen du Plurilinguisme – Octobre
I. Les conditions actuelles
Les vocables eux-mêmes de plurilinguisme et d’interculturalité, ainsi que les notions qui y sont inhérentes, sont non seulement en vogue mais encore se présentent aujourd’hui comme des exigences incontournables, en tout cas certainement pour qui s’engage et persévère dans l’étude des langues étrangères, laquelle s’accompagne de l’étude des civilisations liées à ces langues.
Ajoutons que les missions diverses et les grandes migrations contemporaines impliquent les mêmes exigences, puisque les frontières géographiques s’estompent potentiellement par l’effet de la mondialisation. Il n’en est pas moins vrai que les conséquences économiques du phénomène universel de la mondialisation sont encore éloignées d’être totalement maîtrisées: en effet, des différences flagrantes étaient et restent depuis toujours établies entre les diverses économies nationales.

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Lecture des textes de Comte soumise aux méthodes du télescope et du kaléidoscop

Angèle KREMER-MARIETTI
Université de Picardie, Amiens
Groupe d’Études et de Recherches Épistémologiques, Paris

(Publié dans : Angèle Kremer Marietti (dir.), Auguste Comte, La Science, La Société, Paris :
L’Harmattan, 2009, pp 13-34)
1. Préliminaires sur l’interprétation du comtisme Les textes de Comte visent un mode « positif » d’énonciation, et il semblerait que leur interprétation ne pose aucun problème. Pourtant, cette philosophie qui se veut « positive » ne manque pas de présenter à l’interprète des difficultés de méthode ; des preuves en sont les mésinterprétations du comtisme.
L’exemple le plus éclatant en est le malentendu qui opposa Comte et Mill, et qui est évident à travers la correspondance qu’échangèrent les deux philosophes. En ce qui concernait directement Comte, dans la discussion il lui était impossible de se placer à un point de vue différent du sien. Pour Comte, on était à ses yeux soit un disciple, soit un dissident ou un hérétique. Bien sûr, cela tenait en partie à la personnalité de Comte, mais aussi au fait que, pour lui, comme l’écrit Lévy-Bruhl dans son Introduction à la Correspondance1, la philosophie positive présentait les mêmes caractères que la science. La vérité est que l’esprit systématique de Comte assurait constamment la
liaison logique de chaque élément de sa doctrine avec l’ensemble des éléments : et il gardait toujours présente à l’esprit la pensée de cet ensemble dans l’interactivité de ses éléments. Surtout, Comte interprétait tous les faits dans le sens de sa doctrine.

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Vers une anthropologie fondamentale orientée vers une science du symbolique

Angèle Kremer-Marietti

Communication présentée au Colloque en l’honneur de Claude Lévi-Strauss , « Le Monde du
Symbolique » en hommage à Claude Lévi-Strauss, Organisé par l’Institut Ferdinand de Saussure et le
Centre de coopération franco-norvégienne en sciences humaines et sociales, Paris, 21-22 novembre
2008, Maison des Sciences de l’Homme 54, bd Raspail 75006 Paris
L’essentiel de ma position se résume en ces quelques mots : c’est en nous que nous
trouvons toute virtualité du Symbolique, sur lequel le principe même de toute réalité se
structure. J’aborderai ce propos en trois points :
1. Vers la symbolicité en général
2. Approche épistémologique d’une Anthropologie fondamentale comme science
du symbolique
3. Conclusions philosophiques
1. Vers la symbolicité en général
Mon ambition dernière serait de poser les fondations d’une théorie générale des
processus mentaux sur le terrain de la philosophie en tant que philosophie, en cherchant
quels sont les termes présupposés de la recherche philosophique fondamentale et surtout
ce qu’ils signifient. Depuis plusieurs années, je suis préoccupée par le problème de
l’origine épistémologique, relatif à toute symbolicité, qu’elle soit liée à l’action ou à la
connaissance. Par ‘symbolicité’, je veux dire tout ce qui préside à toute représentation
ayant prise efficace sur l’humain dans sa pensée et dans son comportement, à
commencer dans la perception et dans la conception. Dans toute symbolisation, c’est-àdire
dans le travail vers la symbolicité en tant que telle, il est possible de repérer comme
une « loi qui institue le temps » [1] avant même qu’il n’y ait même un temps reconnu,
car dans toute mise à jour de cette loi, je vois l’élément primordial de concrétisation
autant de l’action morale et politique que de la pensée scientifique. Action et
connaissance dépendent d’une symbolisation en acte, issu du symbolique quel qu’il
soit, et qui donne voie à toute « symbolicité » en général.

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