Note sur la signification et l’utilité de la philosophie des sciences

Abdelkader Bachta
(Université de Tunis)

Introduction : Ambigüité philosophique et refus scientifique
Au cours de nos recherches en philosophie des sciences, nous avons rencontré deux
problèmes :
1) Ceux qui s’inscrivent dans cette discipline ne sont pas toujours d’accord sur sa
signification profonde. La divergence concerne, notamment, la place qu’on devrait
accorder à la science au sein du discours philosophique : Les collègues venant du
secteur scientifique, ou qui ont une formation dans ce domaine, sont plus exigeants et
vont jusqu’à réclamer une connaissance précise de la science qu’on tient à envisager
philosophiquement.
2) Les hommes de sciences, non avertis et plongés complètement dans leur technicité
empirique et symbolique, trouvent parfois entièrement inutile cette spécialité.
Nous proposons de discuter rapidement ces deux questions dans cette brève note.

http://www.dogma.lu/pdf/AB-PhilosophieSciences.pdf

Édition Automne-Hiver 2018

Édition Automne-Hiver 2018

Notre société est en pleine mutation, et doit affronter des défis inédits, parfois inquiétants. Il ne faudrait pourtant pas céder à la peur, ni à son corollaire, le repli sur soi, la méfiance vis-à-vis d’autrui. La réflexion nous aide à maintenir ces écueils à l’écart, et à prendre du recul pour mieux régler nos actions. De ce point de vue, l’histoire politique, l’histoire des sciences, les « humanités » et la philosophie sont des lumières dont nous ne pouvons nous passer. Nous espérons que ce nouvel Opus de Dogma vous apportera matière à penser, et vous souhaitons d’excellentes fêtes de fin d’année !

Articles

Comptes-rendus

La philosophie de la théorie constructale d’après Angèle Kremer Marietti

Abdelkader Bachta
(Université de Tunis)

Angèle Kremer Marietti a introduit la théorie constructale dans le monde philosophique français et en Tunisie. Elle a, notamment, traduit l’oeuvre de synthèse d’Adrian Bejan (co-auteur : Sylvie Lorente), qu’elle a introduite avec un Avant-propos concis (1) et a écrit, d’autre part, une étude, dans notre livre commun, intitulée : Origines scientifiques et philosophiques de la théorie constructale, son futur présumé (2), où elle reprend, largement, l’essentiel de l’Avant-propos.

Ce qui retient, particulièrement, mon attention en tant que lecteur de la théorie constructale, c’est cette double philosophie que notre auteur dégage scrupuleusement des textes de Bejan: 1°/ Une philosophie de la nature et de la technique, qui nous permet de comprendre et, par conséquent de prédire, les processus naturels et ceux
relatifs aux machines ; or, cette philosophie s’appuie sur une théorie dont la signification est précise et qui repose sur un support scientifique bien déterminée (3).
2°/ Également, un autre genre philosophique fondateur qui est, cette fois-ci, complètement implicite. Cet aspect tournerait, en fin de compte, autour de deux concepts essentiels qu’Angèle Kremer Marietti présente simplement en se référant à une série de philosophes : à la fois la construction et la finalité (qui sont en fait corrélatifs) (4). Dans la présente étude, je me propose d’exposer, à ma manière et en tant que lecteur d’Adrian Bejan, ces deux dimensions philosophiques.

http://www.dogma.lu/pdf/AB-PhilosophieConstructale.pdf

Paradigme et histoire des sciences chez Thomas Kuhn

Abdelkader Bachta
(Université de Tunis)

Détermination et explication des relations
L’ouvrage de l’Américain T. Kuhn, intitulé The structure of scientific revolutions,1 contient un concept spécifique d’histoire des sciences, par lequel on oppose la révolution scientifique à la science dite normale, c’est-à-dire traditionnelle et non révolutionnaire, et par lequel l’auteur envisage une période de transition séparant ces
deux phases de nature fort différente.
Cette conception de l’histoire des sciences (et notamment, en fait, de la physique qui est la première spécialité de notre penseur), qui fait changer l’image fréquente que nous avons de la science paraît, dans le texte et d’après les déclarations de l’auteur, très liée à une notion véritablement problématique qui est celle du paradigme et que l’auteur a dû circonscrire dans la postface, sous l’impulsion des lecteurs désorientés, en retenant deux
significations essentielles qui sont :
a) Le sens sociologique impliquant la nécessité du recours au concept de groupe adhérant au paradigme.
b) Le sens « épistémologique » qui nous renvoie obligatoirement à des idées comme celles d’exemples, de résumé, de schéma etc. qui sont, du reste, familiers lorsqu’on considère le concept de modèle en général2.
On peut dire, par ailleurs, que tout le travail effectué par ce penseur se réduit à :
a) Préciser les rapports entre les deux concepts en question. L’auteur l’a fait au niveau de la considération des trois périodes indiquées.
b) Expliquer ces relations en faisant usage de deux types d’argument.
1. Des motifs historiques dont l’utilisation est tout à fait normale pour un auteur, comme Kuhn, qui a eu une formation en histoire des sciences. Sur ce plan, nous trouvons le rejet de la tradition ne voyant que le processus d’accumulation de la science et l’attraction exercée sur l’auteur par certains modèles qui ne sont pas toujours tirés de
l’histoire des sciences proprement dite3.

http://www.dogma.lu/pdf/AB-ParadigmeHistoire.pdf

La technologie nucléaire et le devenir humain

Abdelkader Bachta

Le devenir1, comme processus, a plongé l’homme, en tant qu’être dynamique et actif, dans la technologie nucléaire que représentent, en somme, la bombe et le réacteur et dont la valeur est problématique (plus problématique encore que celle des autres technologies avec lesquelles l’être humain entretient des rapports depuis trois siècles2) dans la mesure où elle a des bienfaits certains, mais aussi des dangers énormes.
Mais le devenir est ouvert, contrairement à la destinée ; on peut s’interroger, donc, sur le changement futur, sur l’avenir de l’humanité dans cette relation. C’est là une question actuelle qui divise les milieux politiques et intellectuels. En fait, il y a un problème très sérieux, il s’agit d’en chercher les issues raisonnables.
Dans cette étude, nous allons, d’abord, nous occuper de la difficulté, en elle-même, en énumérant les éléments négatifs et positifs de cette technologie ; nous aborderons ensuite la question des changements possibles. En cette matière, il est bien préférable de se dégager de tout nationalisme étroit, qui, selon Einstein, cause beaucoup de mal aux relations entre les hommes, car c’est l’humanité entière qui est concernée. Notre propos tiendra compte de cette
considération3.

http://www.dogma.lu/pdf/AB-NucleaireHumain.pdf

Les modèles scientifiques en philosophie

Abdelkader Bachta
Université de Tunis

Introduction : L’exemple de Platon, de Kant et de Comte

L’étude des modèles scientifiques bénéficiant, à l’heure actuelle, d’une importance universelle, s’inscrit, en général, dans une véritable tradition qu’on fait commencer dans les travaux du mathématicien Tarski (1936), auteur de la sémantique logique, qui a des précurseurs certains. Ce repère est parfois nuancé et même critiqué, mais on y tient, très souvent, comme à un étalon incontestable d’appréciation1
b) Après la dialectique. Pourtant l’idée de modèle, en science, peut suggérer à l’historien de la philosophie, au moins, les exemples suivants : 1°/ Platon chez qui on parle, de temps en temps, non sans raison, d’archétypes mathématiques et dont on divise, généralement, la pensée en deux parties essentielles:

a) Avant la dialectique2 2°/ Kant qui, voulant expliquer la déduction des catégories, élabore sa théorie du schématisme transcendantal qu’il introduit, d’ailleurs, en réfléchissant sur les schèmes des concepts purs sensibles. Rappelons, à ce propos, que le vocable de schème est, à peu–prés, synonyme de celui de modèle.3

http://www.dogma.lu/pdf/AB-ModelesScientifiques.pdf

Énergie nucléaire et droits de l’homme

Abdelkader Bachta
Université de Tunis
Quelques remarques d’un point de vue philosophique

Il n’est pas du tout absurde d’étudier les rapports entre l’énergie nucléaire et les droits de l’homme lorsqu’on sait que le réacteur, très utile, par ailleurs, peut donner lieu à la bombe et que la pauvreté et la famine règnent dans certains pays qui le possèdent.
La philosophie, qui s’est occupé longtemps des droits de l’homme et dont l’histoire montre qu’aucun sujet ne lui est interdit, est bien capable, naturellement, de traiter cette relation en usant, nécessairement, de deux spécificités qui l’ont toujours caractérisée, savoir :
1/ L’objectivité et le souci de vérité. C’est pourquoi le philosophe examinant le sujet en question se doit d’être neutre en se situant au-delà des contradictions politiques et autres.
2/ La critique visant à dévoiler le non-dit pour le dire très clairement. N’a-t-on pas soutenu, avec raison, que la fonction de la philosophie est beaucoup plus d’indiquer nettement les problèmes qui se posent que d’y apporter des solutions ?
Cette étude discutera, sous l’éclairage philosophique ainsi défini, les liens qu’aurait l’énergie nucléaire civile avec les droits de l’homme, en partant de ses avantages, mais aussi de ses inconvénients.

http://www.dogma.lu/pdf/AB-EnergieDroits.pdf

Einstein et la physique nucléaire*

Université de Tunis

Einstein ne s’est pas inscrit en physique nucléaire et ne s’est pas intéressé, par
conséquent, à la composition du noyau et aux réactions de ses composants, malgré son
travail en 1907 sur la structure de l’atome à partir de la chaleur spécifique des corps1.
La raison de cet écart est, bien entendu, l’appartenance d’Einstein à la physique
théorique qui s’occupe des fondements physiques généraux. Or, la physique nucléaire
est expérimentale et requiert une technologie, parfois perfectionnée, qui ne peut pas être
dans les préoccupations de notre auteur.
Cependant, il y a, en général, des rapports certains entre la physique expérimentale et la
physique théorique, contentons-nous de donner deux exemples révélateurs :
1/ Maxwell a fondé sa théorie bien connue sur des expériences optiques et
électromagnétiques. Hertz, de son côté, a confirmé expérimentalement la théorie
maxwellienne.
2/ Citons également, sur ce plan, un cas expérimental qui a beaucoup dérangé les
savants de la fin du 19e siècle. Il s’agit de la situation du corps noir, qui a été expliquée
en 1900 par Planck, le fondateur de la physique des quanta.
D’autre part, à y voir clair, la physique nucléaire se fonde sur deux éléments nécessaires
à son fonctionnement. Nous voulons parler de :
1. L’idée de l’existence réelle des atomes. En effet, il n’est pas possible de traiter la
composition du noyau et les réactions nucléaires sans poser, au préalable, l’existence
effective de ces entités microscopiques.
2. Le lien, admis sans réserve aujourd’hui, de cette physique à la production de
l’énergie.
Par conséquent, pour établir les relations possibles de la science nucléaire au savoir
théorique d’Einstein, on peut essayer de les comparer aux deux niveaux indiqués. C’est
ce que nous allons faire dans cette étude. Notre exposé sera nécessairement bref ici:…

http://www.dogma.lu/pdf/AB-EinsteinPhysiqueNucleaire.pdf

Kant dans la pensée philosophique arabe contemporaine

par Abdelkader Bachta (Université de Tunis)
et Ahmed Abdellhalim Attia (Université du Caire)

Kant est certainement l’un des centres d’intérêt importants de la réflexion philosophique
occidentale au cours du vingtième siècle et de nos jours. En France, par exemple, il est d’une
grande influence sur les productions en philosophie et constitue une pièce maîtresse des
programmes français relatifs à cette discipline.
Nous pouvons donc nous interroger, à juste titre, s’il a une place quelconque dans la pensée
philosophique arabe contemporaine. C’est ce dont nous allons nous occuper dans cette
présente étude.
Notre but n’est ni de faire connaître la pensée kantienne, ni d’apprécier les travaux arabes qui
l’auraient traitée, mais seulement de dégager une certaine idée d’une réception possible chez
les philosophes arabes du temps présent en essayant de respecter, dans la mesure du possible,
la chronologie de leurs recherches (1).
Nous essaierons, donc, de trouver les traces des philosophes arabes actuels qui auraient
traduit ou commenté les textes kantiens qui se situeraient dans l’une ou l’autre des rubriques
de la grande division classique de la philosophie kantienne, à savoir :
a) La pensée théorique que représente la Critique de la raison pure et ses racines précritiques.
b) La pensée pratique que contient surtout la Critique de la raison pratique et sa
propédeutique, la Métaphysique des moeurs.
c) La pensée esthétique et téléologique que renferme essentiellement la Critique de la faculté
de juger.
d) La pensée historique, politique, religieuse et pédagogique qui est éparpillée dans l’oeuvre
de notre philosophe, mais dont la période post-critique est un champ préviligié.

http://www.dogma.lu/pdf/AB-AAA-KantPenseeArabe.pdf

Les lignes de fuite merleau-pontiennes

Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Sfax
– Département de philosophie –

Qu’appelle-t-on ligne de fuite ? Ceux qui connaissent le corpus deleuzien, savent
sûrement la répartition tripartite des lignes opérée par Deleuze. Ligne nomade ou ligne
de gravité, de célérité, de fuite, d’erre ou de ruptures ; ligne migrante, moléculaire,
souple ou de fêlure ; ligne sédentaire, segmentaire, coutumière ou de coupures1. A ces
lignes correspondent les mouvements de déterritorialisation, reterritorialisation,
territorialisation ou de décodage, de recodage et de codage. Le ce-en vue-de-quoi nous
évoquons cette répartition et le cadre limité de notre intervention nous obligent de ne
porter notre attention qu’à la ligne de fuite et au mouvement de décodage, même si les
lignes comme les mouvements sont immanents, emmêlés et enchevêtrés. Chercher des
lignes de fuite et des mouvements de décodage dans la philosophie de Maurice
Merleau-Ponty, c’est tout d’abord chercher le nomade, l’errant, le multiple dans cette
oeuvre autant que la fuite des codes par tous les bouts. « Décoder n’est pas simplement
déchiffrer les codes anciens, présents ou à venir…mais faire passer quelque chose qui
ne soit pas codable, brouiller tous les codes »2. L’oeuvre merleau-pontienne permet-elle
une telle fuite et un tel décodage ? A en croire Deleuze, « la phénoménologie est trop
pacifiante, elle a béni trop de choses »3. Il va de soi que, l’oeuvre merleau-pontienne,
mesurée à l’aune de la phénoménologie, ne fait pas d’exception. Elle demeure
prisonnière de la représentation, de la transcendance, et somme toute de la philosophie
du sujet. Et même si elle a essayé de penser la chair, le pli, le brut et le sauvage, elle n’a
pas pu investir réellement « la doublure, qui transforme toute ontologie »4.

http://www.dogma.lu/pdf/AA-LignesdeFuite.pdf