Vive la Tunisie!

Éditorial par Angèle Kremer Marietti et Thierry Simonelli

C?est avec un immense plaisir que nous voulons honorer la Révolution tunisienne, l?événement historique le plus marquant et le plus prometteur de l?actualité humaine. Nous reconnaissons aussi cette révolution pour le sens
philosophique qu?elle porte et la valeur humaine qu?elle symbolise aux yeux du monde, au seuil de la nouvelle année. Nous avons toujours été heureux et fiers de pouvoir accueillir dans notre revue électronique, lue dans le monde entier, les contributions de nos amies et amis intellectuels tunisiens.
Nous saluons avec enthousiasme et admiration la rapide et nette révolution du peuple tunisien, qui travaille actuellement à fonder le gouvernement futur qui sera le sien ! Un peuple s?est soulevé comme un seul homme avec une volonté unanime de conquérir une liberté qui lui fut si longtemps confisquée par la dictature, après la mise en place des justes institutions qui avaient été fondées, au sortir de la colonisation, par Habib Bourguiba.

http://www.dogma.lu/pdf/Collectif-VivelaTunisie.pdf

De Nietzsche à Kant : l’autonomie en Procès

Mohamed Ben Arous
Variations sur les ambiguïtés du concept d’autonomie:
polysémie et utilisation dans différents registres de la pensée et des pratiques sociales

Il est de prime abord loisible de constater le fait que nous avons affaire ici à un concept, à la fois polémique et libérateur, dont le déploiement souvent impulsif aiguille toute personne avide d’autodétermination, de liberté, de choix d’action, voire d’autarcie, face à l’engrenage d’un quotidien souterrainement régi par une logique de domination et de répression. La question de l’autonomie toucherait dans cette optique l’être humain au plus vif de sa chair, mais ceci pour des raisons multiples, voire contradictoires qu’il y a hic et nunc tout lieu de démêler.

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Qui est le Nietzsche de Heidegger?

Mohamed Ben Arous

I – Questionnements préliminaires:
Quel risque de déshonneur pourrait encourir Heidegger s’il ne réussissait pas à réintégrer Nietzsche dans l’idéologie de l’Université allemande ? Quel butin espérait-il rapporter en s’attaquant aux ruches de la pensée nietzschéenne ? Les dialogues post mortem dont les instances intermittentes renvoient sans cesse à l’omnipotence du dispositif heidéggerien sembleraient n’être qu’une re-production de l’oeuvre émiettée de Nietzsche, détournée forcément de ses intentions les plus authentiques.
Certes, le corpus nietzschéen persiste à jamais comme un foyer de résistance témoignant de la joute livrée par le ratissage éclectique de Heidegger qui n’ y cherchait que ce qu’il avait décidé y trouver. De ce point de vue, Heidegger nous semble avoir commis à l’égard de Nietzsche le péché caractéristique de l’intellectus sibi permissus. Pourrions-nous, alors, nous fier à la projection heidéggerienne pour percer et élargir ou – pour parler comme Michel Foucault – conjuer «(…) la danse bandissante de Nietzsche.»1?

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Giorgio Colli et la non-philosophie

Adrian Mihai
Centre des Études Classiques, Université de Montréal

S’il est surtout connu comme éditeur de l’oeuvre complète de Friedrich Nietzsche, réalisée en collaboration avec Mazzino Montinari, les Sämtliche Werke. Kritische Studienausgabe (KSA) en 15 volumes1 Giorgio Colli (1917-1979) se distingue néanmoins comme un penseur à part entière, dans la tradition des Upanishad, des présocratiques, de Schopenhauer et de Nietzsche. Apprécier sa pensée en quelques pages est chose impossible ; son oeuvre est trop considérable, trop originale, aborde trop de sujets divers pour pouvoir se résumer aussi brièvement. Le but de cette étude est de présenter brièvement quelques doctrines clés afin de faciliter la compréhension de sa philosophie.

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La définition éclectique du mouvement chez Walter Burley

Alice Lamy
Agrégée de lettres classiques et docteur en philosophie

Au XIVe siècle, Walter Burley conteste les positions de Guillaume d’Ockham sur plusieurs réductions ontologiques en philosophie naturelle, et en particulier sur le mouvement. La notion est centrale dans la conception de la nature chez
Aristote mais présente des zones d’ombre sur le caractère successif ou permanent de son essence. Averroès, puis les médiévaux dans leurs différentes réceptions n’ont pas manqué de le mettre en évidence. Walter Burley présente
une conception instable du mouvement, tantôt averroïste, tantôt aristotélicienne, tantôt proche de ses prédécesseurs. Le débat contre Ockham vient radicaliser sa conception. Dans ses réfutations, Burley aboutit à une
conception très réaliste de l’être du mouvement.

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La réception médiévale des notions de continuité et de contiguïté selon Aristote et Averroes dans la structure de l’infini : l’exemple de Walter Burley

Alice Lamy
Agrégée de lettres classiques et docteur en philosophie

Au xive siècle, Walter Burley conteste la position de Guillaume d’Ockham sur la catégorie de quantité. Le débat, dans l’oeuvre de Burley, s’oriente principalement sur l’existence des indivisibles et leur rôle dans la structure des corps continus à l’infini. Afin de présenter la nature du point, de la ligne et de la surface sur les différentes dimensions du corps continu, et d’étudier leurs conditions d’indivisibilité, Burley recourt aux notions de continuité et de contiguïté définies par Aristote avec certaines ambiguïtés, et interprétées de façon originale par Averroès. Le débat contre Ockham sur les indivisibles contraint Burley à consolider ses démonstrations sur le fait que les indivisibles ne sont pas des parties du corps mais bien des limites sans lesquelles le corps ne pourrait être ni continu ni divisible à l’infini. Burley adopte alors les notions de continuité et de contiguïté aristotélicienne comme averroïste, même si elles
présentent des divergences et adopte une position éclectique, radicalisée par l’urgence des réponses qu’il veut produire face à son adversaire.

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Théorie des modèles

Angèle Kremer Marietti

Dans son livre sur la théorie physique, Pierre Duhem1 examinait les questions de l’explication, de la classification, et de l’histoire des sciences, ainsi que celle des modèles mécaniques. Il évaluait l’usage des modèles mécaniques du point de vue de leur fécondité (ch. IV). Ainsi, le modèle était considéré par Duhem comme un élément typiquement anglais. Pour lui, le physicien français ou allemand, Poisson2 ou Gauss3 1 La Théorie physique Son Objet. Sa Structure. 1ère éd. 1906, 2è éd. revue et augmentée, Paris, Marcel Rivière, 1914. 2 S.D. Poisson (1781-1840). 3 C.F. Gauss (1777-1855). , est en présence d’abstractions: un point matériel, une charge électrique, la force à laquelle est soumis le point matériel. En ce sens, la théorie de l’Électrostatique est un ensemble de notions abstraites et de propositions générales. Au contraire, en ce qui le concerne, le physicien anglais va se créer un modèle pour se représenter mentalement les phénomènes qui se déroulent réellement. Faraday va construire le modèle des actions électrostatiques, qui sera admiré par Maxwell et par toute l’école anglaise.

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Préface à Philosophie nomade 1

Angèle Kremer Marietti

Qu’on ne se méprenne pas sur l’intention portée par la « philosophie nomade » d’un philosophe qui a traduit en langue arabe les oeuvres de Paul Ricoeur, de Maurice Merleau-Ponty, de Gilles Deleuze, et dont la thèse magistrale, soutenue à l’université de Tunis en 2003, a pour titre « Le problème de la liberté et la vertu du sens dans la philosophie de Maurice Merleau-Ponty ».

Auteur de plusieurs ouvrages philosophiques publiés en langue arabe, et tels que Savoir et pouvoir chez Michel Foucault (1994), Éthique de la mort et du bonheur (2005), La philosophie de l’agir (2007), Abdelaziz Ayadi, professeur à l’université de Sfax (Tunisie), travaille actuellement sur le thème de la problématicité et des rythmes. L’ouvrage qu’il nous propose aujourd’hui, dans une langue française très précise et très élégante, comporte donc des rhizomes
qui concernent la culture philosophique contemporaine et qui nous «parlent» profondément.

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PHILOSOPHIES DE L’ARGENT AU XIXe siècle

Angèle Kremer?Marietti

L’or et l’argent, le papier-monnaie, le capital, le crédit, l’épargne, l’impôt, la richesse :
autant de réalités et de représentations, qui apparaissent et disparaissent, et que, peu à
peu — et même sans vouloir les penser directement – la société européenne admettra et
même introduira dans les thématiques philosophiques. Le point de rupture, comme
pour le concept de science positive, est, là aussi, situé aux environs de l’année 17501,
marquée par la parution de l’ouvrage de Galiani, Della moneta, première théorie
moderne de l’argent, que l’on put lire en français en 1821, et dont Nietzsche, à la fin du
siècle, ne cessera de vanter les mérites. Mérites qui avaient été effacés ou voilés par le
succès des Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, qui fit
d’Adam Smith, dès 1776, la principale référence en matière d’économie.

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Michel Paty, Einstein et la philosophie des sciences

Angèle Kremer-Marietti

1. La philosophie d’Einstein
1.1. Paty et Einstein
L’intérêt de Michel Paty pour Einstein remonte très loin dans sa biographie avant qu’il n’aboutisse à écrire et publier le grand livre, Einstein philosophe, en 19931, livre qui comporte un second volet2 encore à paraître, sans oublier le livre de 1997 sur la création scientifique3, et sans compter les nombreux articles sur Einstein. Michel Paty a su
parfaitement rapprocher Einstein de la philosophie et même directement faire d’Einstein un philosophe ! On devine déjà que ce rapprochement, aboutissant à l’assimilation de la physique fondamentale à la philosophie, a sa raison profonde dans la personnalité même de Michel Paty, à la fois physicien et philosophe. On trouve dans son livre, comme un slogan pour résumer sa position : «La physique comme pratique philosophique»4.
Car ce qui intéresse Michel Paty dans la pratique de la science de la physique, pour lui incontournable dans l’éducation de tout épistémologue, c’est la création et l’innovation saisies dans leur pratique directe. En effet, la création scientifique est le thème majeur sur lequel débouche Michel Paty en tant que philosophe des sciences physiques, parce qu’il a directement trouvé dans Einstein le meilleur exemple de l’activité créatrice en science. Par
ailleurs, Michel Paty n’a pas manqué de relever les parentés philosophiques d’Einstein, surtout l’affinité spinoziste qu’il a su approfondir au coeur des connaissances philosophiques d’Einstein, parmi lesquelles il a découvert une prudence humienne eu égard à l’idée de causalité : ce qui va différencier la notion même de déterminisme dans la philosophie physique d’Einstein.

http://www.dogma.lu/pdf/AKM-PatyEinstein.pdf